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CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL
M. MACIEJ SZPUNAR
présentées le 3 septembre 2026 ( 1 )
Affaire C ‑ 661/24
Provisional text
OPINION OF ADVOCATE GENERAL
SZPUNAR
delivered on 3 September 2026 ( 1 )
Case C ‑ 661/24
… 13 строк без изменений …
Ordre des barreaux francophones et germanophone,
Ministry of Privacy
contre
v
Premier ministre/Eerste Minister
[demande de décision préjudicielle formée par la Cour constitutionnelle (Belgique)]
« Renvoi préjudiciel – Secteur des télécommunications – Traitement des données à caractère personnel et protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques – Directive 2002/58/CE – Faculté pour les États membres de prendre des mesures de conservation de données en vue d’assurer la prévention, la recherche, la détection et la poursuite d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques »
(Request for a preliminary ruling from the Cour constitutionnelle (Constitutional Court, Belgium))
( Reference for a preliminary ruling – Telecommunications sector – Processing of personal data and the protection of privacy in the electronic communications sector – Directive 2002/58/EC – Option of Member States to adopt measures for data preservation in order to safeguard the prevention, investigation, detection and prosecution of unauthorised use of the electronic communication system )
I. Introduction
1. Par l’adoption de la loi du 20 juillet 2022 relative à la collecte et à la conservation des données d’identification et des métadonnées dans le secteur des communications électroniques et à la fourniture de ces données aux autorités (ci-après la « loi du 20 juillet 2022 »), le législateur belge a entendu mettre la législation nationale en conformité avec l’arrêt de la Cour constitutionnelle (Belgique) annulant la loi du 29 mai 2016 relative à la collecte et à la conservation des données dans le secteur des communications électroniques ( 2 ).
2. Cet arrêt avait été rendu à la suite de l’arrêt, La Quadrature du Net e.a. ( 3 ), relatif à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58/CE ( 4 ), lu à la lumière des articles 7, 9 et 11 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).
3. Saisie de cinq recours visant l’annulation totale ou partielle de la loi du 20 juillet 2022, la Cour constitutionnelle interroge à nouveau la Cour sur l’interprétation de ces dispositions, relativement à la nouvelle législation nationale permettant, notamment, la conservation d’un certain nombre de données de trafic et de localisation.
4. La présente affaire offre donc à la Cour l’opportunité de préciser sa jurisprudence déjà fournie en la matière, en particulier quant à la portée des dernières évolutions y relatives découlant de l’arrêt La Quadrature du Net e.a. (Données personnelles et lutte contre la contrefaçon) ( 5 ).
II. Le cadre juridique
A. Le droit de l’Union
5. Les considérants 2, 6, 7, 11, 14, 15, 20, 22, 26, 29, 30, 35 et 36 de la directive 2002/58 énoncent :
« (2) La présente directive vise à respecter les droits fondamentaux et observe les principes reconnus notamment par la [Charte]. En particulier, elle vise à garantir le plein respect des droits exposés aux articles 7 et 8 de cette charte.
[...]
(6) L’Internet bouleverse les structures commerciales traditionnelles en offrant une infrastructure mondiale commune pour la fourniture de toute une série de services de communications électroniques. Les services de communications électroniques accessibles au public sur l’Internet ouvrent de nouvelles possibilités aux utilisateurs, mais présentent aussi de nouveaux dangers pour leurs données à caractère personnel et leur vie privée.
(7) Dans le cas des réseaux publics de communications, il convient d’adopter des dispositions législatives, réglementaires et techniques spécifiques afin de protéger les droits et les libertés fondamentaux des personnes physiques et les intérêts légitimes des personnes morales, notamment eu égard à la capacité accrue de stockage et de traitement automatisés de données relatives aux abonnés et aux utilisateurs.
[...]
(11) À l’instar de la directive 95/46/CE[( 6 )], la présente directive ne traite pas des questions de protection des droits et libertés fondamentaux liées à des activités qui ne sont pas régies par le droit [de l’Union]. Elle ne modifie donc pas l’équilibre existant entre le droit des personnes à une vie privée et la possibilité dont disposent les États membres de prendre des mesures telles que celles visées à l’article 15, paragraphe 1, de la présente directive, nécessaires pour la protection de la sécurité publique, de la défense, de la sûreté de l’État (y compris la prospérité économique de l’État lorsqu’il s’agit d’activités liées à la sûreté de l’État) et de l’application du droit pénal. Par conséquent, la présente directive ne porte pas atteinte à la faculté des États membres de procéder aux interceptions légales des communications électroniques ou d’arrêter d’autres mesures si cela s’avère nécessaire pour atteindre l’un quelconque des buts précités, dans le respect de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, [signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la “CEDH”),] telle qu’interprétée par la Cour européenne des droits de l’homme [(ci-après la “Cour EDH”)] dans ses arrêts. Lesdites mesures doivent être appropriées, rigoureusement proportionnées au but poursuivi et nécessaires dans une société démocratique. Elles devraient également être subordonnées à des garanties appropriées, dans le respect de la [CEDH].
[...]
(14) Par “données de localisation”, on peut entendre la latitude, la longitude et l’altitude du lieu où se trouve l’équipement terminal de l’utilisateur, la direction du mouvement, le degré de précision quant aux informations sur la localisation, l’identification de la cellule du réseau où se situe, à un moment donné, l’équipement terminal, ou encore le moment auquel l’information sur la localisation a été enregistrée.
(15) Une communication peut inclure toute information consistant en une dénomination, un nombre ou une adresse, fournie par celui qui émet la communication ou celui qui utilise une connexion pour effectuer la communication. Les données relatives au trafic peuvent inclure toute traduction de telles informations effectuée par le réseau par lequel la communication est transmise en vue d’effectuer la transmission. Les données relatives au trafic peuvent, entre autres, comporter des données concernant le routage, la durée, le moment ou le volume d’une communication, le protocole de référence, l’emplacement des équipements terminaux de l’expéditeur ou du destinataire, le réseau de départ ou d’arrivée de la communication, ou encore le début, la fin ou la durée d’une connexion. Elles peuvent également représenter le format dans lequel la communication a été acheminée par le réseau.
[...]
(20) Il convient que les fournisseurs de services prennent les mesures appropriées pour assurer la sécurité de leurs services, le cas échéant conjointement avec le fournisseur du réseau, et informent les abonnés des risques particuliers liés à une violation de la sécurité du réseau. De tels risques peuvent notamment toucher les services de communications électroniques fournis par l’intermédiaire d’un réseau ouvert tel que l’Internet ou la téléphonie mobile analogique. Il est particulièrement important que les abonnés et les utilisateurs de ces services soient pleinement informés par leur fournisseur de service des risques existants en matière de sécurité contre lesquels ce dernier est dépourvu de moyens d’action. Il convient que les fournisseurs de services qui proposent des services de communications électroniques accessibles au public sur l’Internet informent les utilisateurs et les abonnés des mesures qu’ils peuvent prendre pour sécuriser leurs communications, par exemple en recourant à des types spécifiques de logiciels ou de techniques de cryptage. L’obligation qui est faite à un fournisseur de service d’informer les abonnés de certains risques en matière de sécurité ne le dispense pas de prendre immédiatement les mesures appropriées pour remédier à tout nouveau risque imprévisible en matière de sécurité et rétablir le niveau normal de sécurité du service, les frais en étant à sa seule charge. L’information de l’abonné sur les risques en matière de sécurité devrait être gratuite, excepté les frais nominaux qu’un abonné peut être amené à supporter lorsqu’il reçoit ou collecte des informations, par exemple en téléchargeant un message reçu par courrier électronique. La sécurité s’apprécie au regard de l’article 17 de la directive [95/46].
[...]
(22) L’interdiction du stockage des communications et des données relatives au trafic y afférentes par des personnes autres que les utilisateurs ou sans le consentement de ceux-ci ne vise pas à interdire tout stockage automatique, intermédiaire et transitoire de ces informations si ce stockage a lieu dans le seul but d’effectuer la transmission dans le réseau de communications électroniques, pour autant que les informations ne soient pas stockées pour une durée plus longue que le temps nécessaire à la transmission et à la gestion du trafic et qu’au cours de la période de stockage la confidentialité des informations reste garantie [...]
[...]
(26) Les données relatives aux abonnés qui sont traitées dans des réseaux de communications électroniques pour établir des connexions et transmettre des informations contiennent des informations sur la vie privée des personnes physiques et touchent au droit au secret de leur correspondance ainsi qu’aux intérêts légitimes des personnes morales. Ces données ne peuvent être stockées que dans la mesure où cela est nécessaire à la fourniture du service, aux fins de la facturation et des paiements pour interconnexion, et ce pour une durée limitée. Tout autre traitement de ces données [...] ne peut être autorisé que si l’abonné a donné son accord sur la base d’informations précises et complètes fournies par le fournisseur du service de communications électroniques accessible au public sur la nature des autres traitements qu’il envisage d’effectuer, ainsi que sur le droit de l’abonné de ne pas donner son consentement à ces traitements ou de retirer son consentement. Il convient également d’effacer ou de rendre anonymes les données relatives au trafic utilisées pour la commercialisation de services de communications [...]
[...]
(29) Au besoin, et au cas par cas, le fournisseur d’un service peut traiter des données relatives au trafic qui concernent des abonnés ou des utilisateurs s’il s’agit de déceler une défaillance technique ou une erreur dans la transmission des communications. Des données relatives au trafic nécessaires pour la facturation peuvent aussi être traitées par le fournisseur d’un service s’il s’agit de déceler et de faire cesser des pratiques frauduleuses consistant à utiliser le service de communications électroniques sans le payer.
(30) Les systèmes mis au point pour la fourniture de réseaux et de services de communications électroniques devraient être conçus de manière à limiter au strict minimum la quantité de données personnelles nécessaires [...]
[...]
(35) Dans les réseaux de communications mobiles, des données de localisation indiquant la position géographique de l’équipement terminal de l’utilisateur mobile sont traitées afin de permettre la transmission des communications. Ces données sont des données relatives au trafic couvertes par l’article 6 de la présente directive. Toutefois, les réseaux numériques mobiles peuvent aussi avoir la capacité de traiter des données de localisation qui sont plus précises que ne l’exige la transmission des communications et qui sont utilisées pour la fourniture de services à valeur ajoutée tels que des services personnalisés d’information sur la circulation et de guidage des conducteurs. Le traitement de ces données en vue de la fourniture de services à valeur ajoutée ne devrait être autorisé que lorsque les abonnés ont donné leur consentement. Même dans ce cas, les abonnés devraient disposer d’un moyen simple pour interdire temporairement le traitement des données de localisation et ce gratuitement.
(36) Les États membres peuvent prévoir une limitation du droit de l’utilisateur ou de l’abonné à la vie privée en ce qui concerne l’identification de la ligne appelante lorsque cela est nécessaire pour déterminer l’origine des appels malveillants et en ce qui concerne les données d’identification et de localisation de la ligne appelante lorsque cela est nécessaire pour permettre aux services d’urgence d’intervenir le plus efficacement possible. À ces fins, les États membres peuvent adopter des mesures spécifiques autorisant les fournisseurs de services de communications électroniques à mettre à disposition les données d’identification et de localisation de la ligne appelante sans le contentement préalable de l’utilisateur ou de l’abonné concerné. »
6. L’article 1 er , paragraphe 1, de cette directive, intitulé « Champ d’application et objectif », dispose :
« La présente directive prévoit l’harmonisation des dispositions nationales nécessaires pour assurer un niveau équivalent de protection des droits et libertés fondamentaux, et en particulier du droit à la vie privée et à la confidentialité, en ce qui concerne le traitement des données à caractère personnel dans le secteur des communications électroniques, ainsi que la libre circulation de ces données et des équipements et services de communications électroniques dans [l’Union européenne]. »
7. Selon l’article 2 de ladite directive, intitulé « Définitions » :
« Sauf disposition contraire, les définitions figurant dans la directive [95/46] et dans la directive 2002/21/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002, relative à un cadre réglementaire commun pour les réseaux et les services de communications électroniques (directive “cadre”)[ ( 7 )] s’appliquent aux fins de la présente directive.
Les définitions suivantes sont aussi applicables :
a) “utilisateur” : toute personne physique utilisant un service de communications électroniques accessible au public à des fins privées ou professionnelles sans être nécessairement abonnée à ce service ;
b) “données relatives au trafic” : toutes les données traitées en vue de l’acheminement d’une communication par un réseau de communications électroniques ou de sa facturation ;
c) “données de localisation” : toutes les données traitées dans un réseau de communications électroniques ou par un service de communications électroniques indiquant la position géographique de l’équipement terminal d’un utilisateur d’un service de communications électroniques accessible au public ;
d) “communication” : toute information échangée ou acheminée entre un nombre fini de parties au moyen d’un service de communications électroniques accessible au public. Cela ne comprend pas les informations qui sont acheminées dans le cadre d’un service de radiodiffusion au public par l’intermédiaire d’un réseau de communications électroniques, sauf dans la mesure où un lien peut être établi entre l’information et l’abonné ou utilisateur identifiable qui la reçoit ;
[...] »
8. Aux termes de l’article 5 de la même directive, intitulé « Confidentialité des communications » :
« 1. Les États membres garantissent, par la législation nationale, la confidentialité des communications effectuées au moyen d’un réseau public de communications et de services de communications électroniques accessibles au public, ainsi que la confidentialité des données relatives au trafic y afférentes. En particulier, ils interdisent à toute autre personne que les utilisateurs d’écouter, d’intercepter, de stocker les communications et les données relatives au trafic y afférentes, ou de les soumettre à tout autre moyen d’interception ou de surveillance, sans le consentement des utilisateurs concernés sauf lorsque cette personne y est légalement autorisée, conformément à l’article 15, paragraphe 1. Le présent paragraphe n’empêche pas le stockage technique nécessaire à l’acheminement d’une communication, sans préjudice du principe de confidentialité.
[...]
3. Les États membres garantissent que le stockage d’informations, ou l’obtention de l’accès à des informations déjà stockées, dans l’équipement terminal d’un abonné ou d’un utilisateur n’est permis qu’à condition que l’abonné ou l’utilisateur ait donné son accord, après avoir reçu, dans le respect de la directive [95/46], une information claire et complète, entre autres sur les finalités du traitement. Cette disposition ne fait pas obstacle à un stockage ou à un accès techniques visant exclusivement à effectuer la transmission d’une communication par la voie d’un réseau de communications électroniques, ou strictement nécessaires au fournisseur pour la fourniture d’un service de la société de l’information expressément demandé par l’abonné ou l’utilisateur. »
9. L’article 6 de la directive 2002/58, intitulé « Données relatives au trafic », dispose :
« 1. Les données relatives au trafic concernant les abonnés et les utilisateurs traitées et stockées par le fournisseur d’un réseau public de communications ou d’un service de communications électroniques accessibles au public doivent être effacées ou rendues anonymes lorsqu’elles ne sont plus nécessaires à la transmission d’une communication sans préjudice des paragraphes 2, 3 et 5, du présent article ainsi que de l’article 15, paragraphe 1.
2. Les données relatives au trafic qui sont nécessaires pour établir les factures des abonnés et les paiements pour interconnexion peuvent être traitées. Un tel traitement n’est autorisé que jusqu’à la fin de la période au cours de laquelle la facture peut être légalement contestée ou des poursuites engagées pour en obtenir le paiement.
3. Afin de commercialiser des services de communications électroniques ou de fournir des services à valeur ajoutée, le fournisseur d’un service de communications électroniques accessible au public peut traiter les données visées au paragraphe 1 dans la mesure et pour la durée nécessaires à la fourniture ou à la commercialisation de ces services, pour autant que l’abonné ou l’utilisateur que concernent ces données ait donné son consentement préalable. Les utilisateurs ou abonnés ont la possibilité de retirer à tout moment leur consentement pour le traitement des données relatives au trafic.
[...]
5. Le traitement des données relatives au trafic effectué conformément aux dispositions des paragraphes 1, 2, 3 et 4 doit être restreint aux personnes agissant sous l’autorité des fournisseurs de réseaux publics de communications et de services de communications électroniques accessibles au public qui sont chargées d’assurer la facturation ou la gestion du trafic, de répondre aux demandes de la clientèle, de détecter les fraudes et de commercialiser les services de communications électroniques ou de fournir un service à valeur ajoutée ; ce traitement doit se limiter à ce qui est nécessaire à de telles activités.
[...] »
10. L’article 9 de cette directive, intitulé « Données de localisation autres que les données relatives au trafic », prévoit, à son paragraphe 1 :
« Lorsque des données de localisation, autres que des données relatives au trafic, concernant des utilisateurs ou abonnés de réseaux publics de communications ou de services de communications électroniques accessibles au public ou des abonnés à ces réseaux ou services, peuvent être traitées, elles ne le seront qu’après avoir été rendues anonymes ou moyennant le consentement des utilisateurs ou des abonnés, dans la mesure et pour la durée nécessaires à la fourniture d’un service à valeur ajoutée. Le fournisseur du service doit informer les utilisateurs ou les abonnés, avant d’obtenir leur consentement, du type de données de localisation autres que les données relatives au trafic qui sera traité, des objectifs et de la durée de ce traitement, et du fait que les données seront ou non transmises à un tiers en vue de la fourniture du service à valeur ajoutée [...] »
11. L’article 15 de ladite directive, intitulé « Application de certaines dispositions de la directive [95/46] », énonce :
« 1. Les États membres peuvent adopter des mesures législatives visant à limiter la portée des droits et des obligations prévus aux articles 5 et 6, à l’article 8, paragraphes 1, 2, 3 et 4, et à l’article 9 de la présente directive lorsqu’une telle limitation constitue une mesure nécessaire, appropriée et proportionnée, au sein d’une société démocratique, pour sauvegarder la sécurité nationale – c’est-à-dire la sûreté de l’État – la défense et la sécurité publique, ou assurer la prévention, la recherche, la détection et la poursuite d’infractions pénales ou d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques, comme le prévoit l’article 13, paragraphe 1, de la directive [95/46]. À cette fin, les États membres peuvent, entre autres, adopter des mesures législatives prévoyant la conservation de données pendant une durée limitée lorsque cela est justifié par un des motifs énoncés dans le présent paragraphe. Toutes les mesures visées dans le présent paragraphe sont prises dans le respect des principes généraux du droit [de l’Union], y compris ceux visés à l’article 6, paragraphes 1 et 2, [TUE].
[...]
2. Les dispositions du chapitre III de la directive [95/46] relatif aux recours juridictionnels, à la responsabilité et aux sanctions sont applicables aux dispositions nationales adoptées en application de la présente directive ainsi qu’aux droits individuels résultant de la présente directive.
[...] »
B. Le droit belge
12. La loi du 20 juillet 2022 a modifié, entre autres, la loi du 17 janvier 2003 relative au statut du régulateur des secteurs des postes et des télécommunications belge (ci-après la « loi du 17 janvier 2003 ») ainsi que la loi du 13 juin 2005 relative aux communications électroniques (ci-après la « loi du 13 juin 2005 »).
1. La loi du 17 janvier 2003
13. L’article 25/1 de la loi du 17 janvier 2003, tel que modifié par l’article 24 de la loi du 20 juillet 2022, est libellé comme suit :
« § 1 er . Afin de rechercher, de constater ou de poursuivre une infraction visée à l’article 145, § 3 ou § 3bis, de la [loi du 13 juin 2005] ou à l’article 24, § 1 er , 2°, un officier de police judiciaire de l’[Institut belge des services postaux et des télécommunications (ci-après « l’Institut »)] peut, par écrit :
1° exiger d’un opérateur de répondre à une demande de données d’identification qui est nécessaire à ces fins ;
2° requérir la collaboration des personnes et institutions visées à l’article 46quater , § 1 er , du Code d’instruction criminelle et d’associations les représentant, sur la base de la référence de paiement en ligne spécifique à un service de communications électroniques qui a préalablement été communiquée par un opérateur conformément au 1°, afin d’identifier la personne qui a payé le service ;
3° requérir la collaboration des centres fermés ou des lieux d’hébergement au sens des articles 74/8 et 74/9 de la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers, où la souscription de l’abonné à un service de communications électroniques a été effectuée, sur la base des coordonnées du centre ou du lieu d’hébergement qui ont préalablement été communiquées par un opérateur conformément au 1°, afin d’identifier l’abonné ;
4° requérir la collaboration de toute autre personne morale qui est l’abonnée d’un opérateur ou qui souscrit à un service de communications électroniques au nom et pour le compte de personnes physiques, sur la base des données qui ont préalablement été communiquées par un opérateur conformément au 1°, afin d’identifier l’abonné ou l’utilisateur habituel du service.
Une demande visée à l’alinéa 1 er ne peut être transmise à un acteur visé à l’alinéa 1 er qu’après autorisation écrite d’un officier de police judiciaire visé à l’article 24, § 2. Cette autorisation ne peut être octroyée que sur demande écrite et motivée adressée à cet officier conformément au paragraphe 5.
§ 2. Pour les besoins de l’accomplissement de ses missions, un officier de police judiciaire de l’Institut peut exiger d’un opérateur, par écrit, de répondre à une demande de métadonnées, qui est nécessaire afin de rechercher, de constater ou de poursuivre une infraction visée à l’article 145, § 3, ou § 3bis, de la [loi du 13 juin 2005] ou à l’article 24, § 1 er , 2°.
Sauf en cas d’urgence dûment justifiée, l’officier de police judiciaire de l’Institut ne peut adresser la demande à l’opérateur qu’après avoir soumis une demande écrite et motivée au juge d’instruction et après autorisation écrite de ce dernier.
En cas d’urgence dûment justifiée visée à l’alinéa 2, l’officier de police judiciaire de l’Institut communique au juge d’instruction, sans délai après l’envoi de la demande à l’opérateur, une copie de cette demande, la motivation de la demande et la justification de l’urgence. Un contrôle ultérieur est effectué par le juge d’instruction.
Lorsqu’à la suite de ce contrôle ultérieur, le juge d’instruction refuse de confirmer la validité de la demande envoyée par l’officier de police judiciaire de l’Institut à l’opérateur, cet officier le notifie sans délai à l’opérateur concerné et supprime les métadonnées reçues.
§ 3. Par dérogation aux paragraphes 1 er et 2, afin de contrôler le respect des articles 126, 126/1, 126/2, 126/3 ou 127 de la [loi du 13 juin 2005] et de leurs arrêtés d’exécution et à la demande écrite et motivée d’un officier de police judiciaire de l’Institut, un opérateur fournit, dans le délai fixé dans le réquisitoire, un accès permettant de consulter ses bases de données qui mettent en œuvre un de ces articles ou un de ces arrêtés d’exécution.
Une demande visée à l’alinéa 1 er ne peut être transmise à un opérateur qu’après autorisation écrite d’un officier de police judiciaire de l’Institut visé à l’article 24, § 2. Cette autorisation ne peut être octroyée que sur demande écrite et motivée conformément au paragraphe 5.
La demande adressée à l’opérateur précise les noms des officiers de police judiciaire de l’Institut qui peuvent consulter la base de données.
Ces officiers ne peuvent prendre une copie des données et documents consultés dans le cadre de l’alinéa 1 er que dans le but de constater des infractions commises par l’opérateur.
§ 4. Pour l’application des paragraphes 1 er et 2, les acteurs visés au paragraphe 1 er , alinéa 1 er , auxquels un officier de police judiciaire de l’Institut a demandé des données, lui communiquent ces données en temps réel ou, le cas échéant, au moment précisé dans le réquisitoire.
Pour l’application des paragraphes 1 er à 3, toute personne qui, du chef de sa fonction, a connaissance de la mesure ou y prête son concours, est tenue de garder le secret. Toute violation du secret est punie conformément à l’article 458 du Code pénal.
Toute personne qui refuse de communiquer les données ou qui ne les communique pas en temps réel ou, le cas échéant, au moment précisé dans le réquisitoire est punie d’une amende de vingt-six euros à dix mille euros.
Toute personne qui refuse de permettre la consultation de la base de données conformément au paragraphe 3 ou qui ne permet pas cette consultation dans le délai fixé dans le réquisitoire est punie d’une amende de vingt-six euros à dix mille euros.
§ 5. Pour l’application des paragraphes 1 er à 3, la motivation de la demande adressée à l’officier de police judiciaire visé à l’article 24, § 2, ou au juge d’instruction doit être développée au regard des circonstances de l’enquête.
Pour l’application des paragraphes 1 er et 2, cette motivation indique :
1° le lien entre les données demandées et l’objectif de recherche, de constat ou de poursuite de l’infraction spécifique qui justifie la demande ;
2° le caractère strictement nécessaire des données demandées dans le cadre de l’enquête.
§ 6. Les officiers de police judiciaire de l’Institut consignent dans un registre :
1° l’ensemble des demandes visées aux paragraphes 1 er , 2 et 3 ;
2° la motivation de la demande et la justification de l’urgence communiquées au juge d’instruction conformément au paragraphe 2, alinéa 3 ;
3° les autorisations prévues aux paragraphes 1 er , 2 et 3. »
2. La loi du 13 juin 2005
14. L’article 2 de la loi du 13 juin 2005, tel que modifié par l’article 2 de la loi du 20 juillet 2022, prévoit :
« Pour l’application de la présente loi, il faut entendre par :
[...]
5/5° “une fraude” : un acte malhonnête fait dans l’intention de tromper en contrevenant à la loi, aux règlements ou au contrat et de se procurer ou de procurer à autrui un avantage illicite au préjudice de l’opérateur ou de l’utilisateur final, commis par le biais de l’utilisation d’un service de communications électroniques ;
5/6° “utilisation malveillante du réseau ou du service” : utilisation du réseau ou du service de communications électroniques afin d’importuner son correspondant ou de provoquer des dommages ;
[...]
11° “opérateur” : toute personne ayant introduit une notification conformément à l’article 9 ;
[...] »
15. L’article 122 de cette loi, tel que modifié par l’article 5 de la loi du 20 juillet 2022, dispose :
« § 1 er . Les opérateurs suppriment les données de trafic concernant les abonnés ou les utilisateurs finaux de leurs données de trafic ou rendent ces données anonymes, dès qu’elles ne sont plus nécessaires pour la transmission de la communication.
[...]
§ 4. Par dérogation au paragraphe 1 er , de manière à pouvoir prendre les mesures appropriées visées à l’article 121/8, § 1 er , de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service ou d’identifier son auteur et son origine, et pour autant qu’il les traite ou les génère dans le cadre de la fourniture de ce réseau ou de ce service, l’opérateur :
1° conserve, dans le cadre de la fourniture d’un service de communications interpersonnelles et pendant quatre mois à partir de la date de la communication, les données de trafic nécessaires à ces fins parmi les données de trafic suivantes :
– l’identifiant de l’origine de la communication ;
– l’identifiant de la destination de la communication ;
– les dates et heures précises de début et de fin de la communication ;
– la localisation des équipements terminaux des parties à la communication au début et à la fin de la communication ;
2° conserve pendant douze mois à partir de la date de la communication les données de trafic suivantes relatives aux communications entrantes dans le cadre de la fourniture de services de communications interpersonnelles afin d’identifier l’auteur de la communication :
– le numéro de téléphone à l’origine de la communication entrante, ou ;
– l’adresse IP ayant servi à l’envoi de la communication entrante, l’horodatage et le port utilisé, et ;
– les dates et heures précises du début et de fin de la communication entrante ;
3° conserve les données visées au 1° qui sont relatives à une fraude spécifique identifiée ou une utilisation malveillante du réseau spécifique identifiée le temps nécessaire à son analyse et à sa résolution, le cas échéant au-delà du délai de quatre mois visé au 1° ;
4° conserve les données de trafic visées au 2° et relatives à une utilisation malveillante spécifique du réseau, le temps nécessaire au traitement de cette dernière, le cas échéant au-delà du délai de douze mois visé au 2° ;
5° traite les données de trafic nécessaires à ces fins, en ce compris, lorsque c’est nécessaire, les données visées au paragraphe 2.
Par dérogation au paragraphe 1 er , de manière à pouvoir prendre les mesures appropriées visées à l’article 121/8, § 1 er , de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service ou d’identifier son auteur et son origine, l’opérateur peut conserver et traiter d’autres données que celles visées à l’alinéa 1 er considérées nécessaires à ces fins.
Le Roi peut préciser et étendre, par arrêté délibéré en Conseil des ministres et après avis de l’Institut et de l’Autorité de protection des données, les données de trafic dont la conservation doit être considérée comme nécessaire pour la poursuite des finalités prévues au présent paragraphe.
En cas de fraude présumée ou d’utilisation malveillante présumée, les opérateurs peuvent transmettre aux autorités compétentes toutes les données légalement conservées en relation avec la fraude présumée ou l’utilisation malveillante présumée.
§ 4/1. Par dérogation au paragraphe 1 er , les opérateurs peuvent conserver et traiter les données de trafic qui sont nécessaires pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux et services de communications électroniques, et en particulier pour détecter et analyser une atteinte potentielle ou réelle à cette sécurité, en ce compris identifier l’origine de cette atteinte.
Les opérateurs peuvent les conserver pour une durée de douze mois à partir de la date de la communication.
Les opérateurs peuvent conserver les données visées à l’alinéa 1 er relatives à une atteinte spécifique à la sécurité du réseau pendant la durée nécessaire pour la traiter, le cas échéant au-delà du délai de douze mois visé à l’alinéa 2.
En cas d’atteinte à la sécurité de leurs réseaux et services de communications électroniques, les opérateurs peuvent transmettre aux autorités compétentes toutes les données légalement conservées en relation avec l’atteinte à la sécurité de leurs réseaux et services de communications électroniques.
§ 4/2. Par dérogation au paragraphe 1 er , les opérateurs conservent et traitent les données de trafic nécessaires pour répondre à une obligation imposée par une norme législative formelle, pour la durée requise à cette fin.
§ 5. Les données énumérées dans le présent article ne peuvent être traitées que par les personnes chargées par l’opérateur de la facturation ou de la gestion du trafic, du traitement des demandes de renseignements des abonnés, de la lutte contre les fraudes ou l’utilisation malveillante du réseau, de la sécurité du réseau, du respect de ses obligations légales, du marketing des services de communications électroniques propres ou de la fourniture de services qui font usage de données de trafic ou de localisation et par les membres de sa Cellule de coordination visée à l’article 127/3.
[...] »
16. L’article 123 de ladite loi, tel que modifié par l’article 6 de la loi du 20 juillet 2022, est libellé comme suit :
« § 1 er . Sans préjudice de l’application du [règlement (UE) 2016/679 ( 8 )] et de la loi du 30 juillet 2018, les opérateurs de réseaux mobiles ne peuvent conserver et traiter de données de localisation autres que les données relatives au trafic se rapportant à un abonné ou un utilisateur final que dans les cas suivants :
1° lorsque cela est nécessaire pour le bon fonctionnement et la sécurité du réseau ou du service, les données étant conservées maximum douze mois à partir de la date de la communication, sauf en cas d’atteinte spécifique à la sécurité du réseau nécessitant de prolonger la conservation des données concernées au-delà de ce délai ;
2° lorsque cela est nécessaire pour détecter ou analyser les fraudes ou l’utilisation malveillante du réseau, les données étant conservées maximum quatre mois à partir de la date de la communication, sauf en cas de fraude ou d’utilisation malveillante spécifique nécessitant de prolonger la conservation des données concernées au-delà de ce délai ;
3° lorsque les données ont été rendues anonymes ;
4° lorsque le traitement s’inscrit dans le cadre de la fourniture d’un service qui fait usage de données de trafic ou de localisation ;
5° lorsque le traitement est nécessaire pour répondre à une obligation imposée par une norme législative formelle.
[...]
§ 4. Les données visées au présent article ne peuvent être traitées que par des personnes qui travaillent sous l’autorité de l’opérateur ou du tiers qui fournit le service qui fait usage de données de trafic ou de localisation, ou par la Cellule de coordination de l’opérateur visée à l’article 127/3.
Le traitement est limité à ce qui est strictement nécessaire pour pouvoir fournir au service concerné les données de trafic ou de localisation.
[...] »
III. Le litige au principal, les questions préjudicielles et la procédure devant la Cour
17. Les associations sans but lucratif Académie Fiscale ASBL, Ordre des barreaux francophones et germanophone, la Liga voor Mensenrechten VZW, la Ligue des droits humains ASBL, la fondation privée Ministry of Privacy, UA, LV ainsi que JU ont saisi la Cour constitutionnelle de cinq recours visant l’annulation partielle ou totale de la loi du 20 juillet 2022, au motif que celle-ci violerait les articles 10, 11, 12, 13, 15, 22, 23 et 29 de la Constitution belge, lue en combinaison avec les articles 5, 6, 8, 9, 10, 11, 14 et 18 de la CEDH, avec les articles 7, 8, 11, 47 et l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, avec l’article 5, paragraphe 4, TUE, avec l’article 6 de la directive 2002/58, avec la directive (UE) 2016/680 ( 9 ) ainsi qu’avec le RGPD.
18. Cette juridiction considère que seuls les griefs des parties requérantes relatifs aux articles 5, 6 et 24 de la loi du 20 juillet 2022 soulèvent des doutes, au sens de la jurisprudence issue des arrêts du 6 octobre 1982, Cilfit (283/81, EU:C:1982:335), et du 6 octobre 2021, Consorzio Italian Management et Catania Multiservizi (C‑561/19, EU:C:2021:799), quant à l’interprétation de l’article 15 de la directive 2002/58.
19. Tout d’abord, en ce qui concerne l’article 5 de cette loi, les requérants au principal auraient en substance, entre autres, avancé que cet article impose aux fournisseurs de services de communications électroniques une conservation généralisée et indifférenciée des données relatives au trafic et des données de localisation pendant des périodes longues ou indéterminées, sans que cette conservation soit nécessaire et limitée au strict nécessaire.
20. Il ressortirait des travaux préparatoires que l’article 5, 4° et 5°, de ladite loi vise à transposer notamment l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58. Le législateur belge aurait précisé dans ces travaux qu’il n’était pas possible de prévoir une conservation de données « réactive et ciblée dès le départ » en raison de la structure même des réseaux et des services concernés. Il aurait, en outre, estimé que la conservation des données relatives au trafic prévue à l’article 5, 4° et 5°, de la même loi est « dans l’intérêt des utilisateurs finaux des services de l’opérateur » et vise à permettre aux victimes d’une fraude ou d’une utilisation malveillante du réseau d’identifier l’auteur de celle-ci. Par ailleurs, cette conservation serait présentée, dans lesdits travaux, comme étant « intrinsèquement liée à la fourniture du service de communications électroniques » et comme permettant de moderniser la loi du 13 juin 2005 au regard de l’importance croissante de l’objectif de lutte contre la fraude et l’utilisation malveillante du réseau dans le droit de l’Union (Doc. parl., Chambre, 2021-2022, DOC 55 2572/001, p. 26 à 29).
21. Selon la juridiction de renvoi, il convient d’examiner si l’ingérence dans les droits fondamentaux au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel que comporte l’article 122, § 4 et § 4/1, de cette loi, tel qu’il a été inséré par l’article 5, 4° et 5°, de la loi du 20 juillet 2022, ne produit pas des effets disproportionnés pour les personnes dont les données sont concernées.
22. L’article 122, § 4, de la loi du 13 juin 2005 prévoirait, à charge des opérateurs, une obligation de conservation de plusieurs données relatives au trafic en vue de « prendre les mesures appropriées visées à l’article 121/8, § 1 er , de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service ou d’identifier son auteur et son origine », pour autant que ces opérateurs traitent ces données « dans le cadre de la fourniture de ce réseau ou de ce service ». Les données relatives au trafic à conserver seraient « l’identifiant de l’origine de la communication », « l’identifiant de la destination de la communication », « les dates et heures précises de début et de fin de la communication » et « la localisation des équipements terminaux des parties à la communication au début et à la fin de la communication » (alinéa 1 er , 1°, de ce § 4). Il serait en outre prévu que lesdits opérateurs conservent plusieurs données relatives au trafic lié aux communications entrantes afin d’identifier l’auteur de la communication, à savoir « le numéro de téléphone à l’origine de la communication entrante », « l’adresse IP ayant servi à l’envoi de la communication entrante, l’horodatage et le port utilisé » ainsi que « les dates et heures précises du début et de fin de la communication entrante » (alinéa 1 er , 2°, dudit § 4).
23. Pourtant, la liste des données énumérées à l’article 122, § 4, alinéa 1 er , de cette loi ne serait pas exhaustive, dans la mesure où l’alinéa 2 de cette disposition permettrait aux opérateurs de conserver et traiter d’autres données que celles visées à l’alinéa 1 er de ladite disposition, considérées comme nécessaires aux fins d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service ou d’identifier son auteur et son origine. Cette faculté des opérateurs de conserver et de traiter des données autres que celles visées à l’article 122, § 4, alinéa 1 er , de ladite loi ne serait pas soumise à un avis préalable de l’Institut ou de l’Autorité de protection des données ni à une notification à ces autorités. Les travaux préparatoires relatifs à cette même disposition ne fourniraient aucune justification quant à ladite faculté.
24. Ensuite, l’article 122, § 4, alinéa 3, de la même loi prévoirait que « le Roi peut préciser et étendre, par arrêté délibéré en Conseil des ministres et après avis de l’[Institut] et de l’Autorité de protection des données, les données de trafic dont la conservation doit être considérée comme nécessaire pour la poursuite des finalités prévues au présent paragraphe ». Les travaux préparatoires justifieraient cette habilitation par le fait que les fraudes évoluent de manière significative dans le temps et que les données conservées peuvent différer selon le type de service de communications électroniques, la taille de l’opérateur, les outils dont celui-ci dispose et les utilisateurs de ce service.
25. En ce qui concerne les délais de conservation, les données visées à l’article 122, § 4, alinéa 1 er , 1°, de la loi du 13 juin 2005 seraient, en principe, conservées pendant quatre mois, alors que les données visées à l’article 122, § 4, alinéa 1 er , 2°, de cette loi le seraient pendant douze mois. Ces délais de conservation pourraient être prolongés. À cet égard, l’article 122, § 4, alinéa 1 er , 3°, de ladite loi disposerait que les données visées au 1° de cette disposition qui sont relatives à une fraude spécifique ou à une utilisation malveillante du réseau spécifique peuvent être conservées « le temps nécessaire à son analyse et à sa résolution, le cas échéant au-delà du délai de quatre mois visé au 1° ». En outre, l’article 122, § 4, 4°, de cette même loi préciserait que les données visées au 2° de cette disposition qui sont relatives à une utilisation malveillante spécifique du réseau peuvent être conservées « le temps nécessaire au traitement de cette dernière, le cas échéant au-delà du délai de douze mois visé au 2° ».
26. L’article 122, § 4/1, de la loi du 13 juin 2005 prévoit quant à lui, à charge des opérateurs, la possibilité de conserver et de traiter les données « nécessaires pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux et services de communications électroniques, et en particulier pour détecter et analyser une atteinte potentielle ou réelle à cette sécurité, en ce compris identifier l’origine de cette atteinte ». Cette faculté des opérateurs ne serait pas non plus soumise à un avis préalable de l’Institut ou de l’Autorité de protection des données ni à une notification à ces autorités. Les données ainsi visées pourraient, en vertu de l’article 122, § 4/1, alinéa 3, de cette loi en principe, être conservées pour une durée de douze mois. Les données relatives à une atteinte « spécifique » à la sécurité du réseau pourraient cependant être conservées « pendant la durée nécessaire pour la traiter, le cas échéant au-delà du délai de douze mois visé à l’alinéa 2 ».
27. La juridiction de renvoi conclut que l’article 122, § 4, de ladite loi prévoit une conservation généralisée et systématique des données relatives au trafic qu’il vise et que l’obligation de conservation des données ne constitue pas l’exception mais la règle. Ce constat vaudrait d’autant plus qu’en vertu de l’article 122, § 4, alinéa 4, de la même loi, les données de trafic conservées par les opérateurs qui présentent un lien avec une fraude présumée ou avec une utilisation malveillante présumée peuvent être transférées aux autorités compétentes, notamment aux autorités judiciaires, aux services de police et aux officiers de police judiciaire de l’Institut, de sorte que la conservation et le traitement de données effectués par les opérateurs sur la base de l’article 122, § 4, de la loi du 13 juin 2005 peuvent donner lieu à des poursuites pénales.
28. En ce qui concerne l’article 122, § 4/1, de cette loi, la juridiction de renvoi observe que cette disposition ne précise pas quelles données peuvent être conservées. Par ailleurs, les données relatives à une « atteinte spécifique » à la sécurité du réseau pourraient être conservées « au-delà du délai de douze mois visé à l’alinéa 2 », sans que le libellé de l’article 122, § 4/1, de ladite loi ni les travaux préparatoires de la loi du 20 juillet 2022 précisent ce que constitue une « atteinte spécifique ».
29. Or la juridiction de renvoi observe que la Cour ne s’est pas encore prononcée sur l’interprétation de l’article 15 de la directive 2002/58 lorsque sont en cause des mesures de conservation des données relatives aux communications électroniques en vue d’assurer la prévention, la recherche, la détection et la poursuite d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques. En outre, les points de vue des parties sur l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de cette directive, présentés devant elle, divergeraient.
30. Ensuite, quant à l’article 6 de la loi du 20 juillet 2022, la juridiction de renvoi relève que les griefs des requérants porteraient sur la conservation des données de localisation, autres que les données relatives au trafic, qui relèvent de l’article 15, paragraphe 1, de ladite directive et qui sont visées à l’article 123, § 1 er , 1°, 2° et 5°, de la loi du 13 juin 2005, tel qu’il a été remplacé par l’article 6 de la loi du 20 juillet 2022.
31. L’article 123, § 1 er , de la loi du 13 juin 2005 prévoirait que les opérateurs concernés ne peuvent conserver et traiter ces données de localisation se rapportant à un abonné ou à un utilisateur final que « lorsque cela est nécessaire pour le bon fonctionnement et la sécurité du réseau ou du service » (1° de ce § 1 er ) et « lorsque cela est nécessaire pour détecter ou analyser les fraudes ou l’utilisation malveillante du réseau » (2° dudit § 1 er ). Les données visées à l’article 123, § 1 er , 1°, de cette loi seraient, en principe, conservées pendant douze mois à partir de la date de la communication et celles qui sont visées à l’article 123, § 1 er , 2°, de ladite loi le seraient, en principe, pendant quatre mois.
32. Les hypothèses visées à l’article 123, § 1 er , 1° et 2°, de la même loi chercheraient à garantir la prévention, la recherche, la détection et la poursuite d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques, au sens de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58.
33. Il appartiendrait à la juridiction de renvoi de vérifier si l’ingérence que comportent ces dispositions dans les droits fondamentaux au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel est nécessaire, raisonnable et proportionnée au sein d’une société démocratique en vue de prévenir les utilisations non autorisées du système de communications électroniques. À cet égard, la juridiction de renvoi relève qu’il incombe aux opérateurs d’identifier les données de localisation autres que les données relatives au trafic qu’ils considèrent nécessaire de conserver et de traiter. Ces opérateurs apprécieraient également, dans chaque cas, la nécessité de cette conservation et de ce traitement. Par ailleurs, il serait prévu que la durée de douze mois peut être prolongée « en cas d’atteinte spécifique à la sécurité du réseau nécessitant de prolonger la conservation des données concernées au-delà de ce délai » et que la durée de quatre mois précitée peut être prolongée « en cas de fraude ou d’utilisation malveillante spécifique nécessitant de prolonger la conservation des données concernées au-delà de ce délai ». Enfin, il incomberait auxdits opérateurs de décider s’il convient de prolonger le délai de conservation.
34. Pour les mêmes motifs que ceux qui seraient en cause en ce qui concerne l’article 5 de la loi du 20 juillet 2022, l’article 6 de cette loi soulèverait un doute quant à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58.
35. En ce qui concerne, pour finir, l’article 24 de ladite loi, la juridiction de renvoi relève que cette disposition insère, dans la loi du 17 janvier 2003, un article 25/1 régissant l’accès de l’officier de police judiciaire de l’Institut aux métadonnées. Les griefs de la partie requérante demandant l’annulation de cet article 24 seraient issus de la violation des droits fondamentaux au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel, garantis par l’article 22 de la Constitution belge, par l’article 8 de la CEDH, par les articles 7, 8 et l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, par la directive 2002/58, par la directive 2016/680 et par le RGPD. Etant donné que l’article 24 de la loi du 20 juillet 2022 renvoie aux articles 5 et 6 de cette loi, à propos desquels il y aurait lieu de poser des questions préjudicielles à la Cour, la juridiction de renvoi estime qu’il convient de surseoir à statuer sur l’examen des griefs relatifs à cet article 24, dans l’attente de la réponse de la Cour à ces questions préjudicielles.
36. C’est dans ces conditions que la Cour constitutionnelle a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) L’article 15, paragraphe 1, de la [directive 2002/58], lu en combinaison avec les articles 7 [et 8 ainsi que l’article 52], paragraphe 1, de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens :
a) qu’il s’oppose à une législation nationale qui prévoit une obligation pour les opérateurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de trafic visées dans cette législation dans le cadre de la fourniture de ce réseau ou de ce service, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, afin qu’ils prennent les mesures appropriées, proportionnées, préventives et curatives de manière à éviter les fraudes et les utilisations malveillantes sur leurs réseaux et à empêcher que les utilisateurs finaux subissent un préjudice ou soient importunés, ainsi qu’à établir les fraudes ou les utilisations malveillantes du réseau ou du service ou à pouvoir en identifier les auteurs et l’origine ;
b) qu’il s’oppose à une législation nationale qui permet à ces opérateurs de conserver et de traiter les données de trafic concernées au-delà des délais précités, en cas de fraude spécifique identifiée ou d’utilisation malveillante du réseau spécifique identifiée, le temps nécessaire à son analyse et à sa résolution ou le temps nécessaire au traitement de cette utilisation malveillante ;
c) qu’il s’oppose à une législation nationale qui, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, permet à ces opérateurs de conserver et de traiter d’autres données que celles visées dans la loi, en vue de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service, ou d’identifier son auteur et son origine ;
d) qu’il s’oppose à une législation nationale qui, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, permet à ces opérateurs de conserver et de traiter pour une durée de douze mois les données de trafic qu’ils estiment nécessaires pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux et services de communications électroniques, et en particulier pour détecter et analyser une atteinte potentielle ou réelle à cette sécurité, en ce compris pour identifier l’origine de cette atteinte et, en cas d’atteinte spécifique à la sécurité du réseau, pendant la durée nécessaire pour la traiter ?
2) L’article 15, paragraphe 1, de la [directive 2002/58], lu en combinaison avec les articles 7 [et 8 ainsi que l’article 52], paragraphe 1, de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens :
a) qu’il s’oppose à une législation nationale qui permet aux opérateurs de réseaux mobiles de conserver et de traiter les données de localisation, sans que la législation décrive précisément quelles données sont visées, dans le cadre de la fourniture de ce réseau ou de ce service, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, lorsque cela est nécessaire pour le bon fonctionnement et la sécurité du réseau ou du service, ou pour détecter ou analyser les fraudes ou l’utilisation malveillante du réseau ;
b) qu’il s’oppose à une législation nationale qui permet à ces opérateurs de conserver et de traiter les données de localisation au-delà des délais précités, en cas d’atteinte spécifique, de fraude spécifique ou d’utilisation malveillante spécifique ?
3) Si, sur la base des réponses données à la première ou à la deuxième question préjudicielle, la Cour constitutionnelle devait arriver à la conclusion que certaines dispositions de la [loi du 20 juillet 2022] violent une ou plusieurs des obligations découlant des dispositions mentionnées dans ces questions, pourrait-elle maintenir provisoirement les effets des dispositions précitées de la loi du 20 juillet 2022 afin d’éviter une insécurité juridique et de permettre que les données collectées et conservées précédemment puissent encore être utilisées pour les objectifs visés dans la loi ? »
37. Des observations écrites ont été déposées par la Ligue des droits humains, par les gouvernements belge, estonien, irlandais, espagnol et finlandais ainsi que par la Commission européenne. Ces parties, ainsi que l’Académie Fiscale et le gouvernement italien, ont été entendues lors de l’audience qui s’est tenue le 14 avril 2026.
IV. Analyse
A. Remarques liminaires
38. La question de la compatibilité des régimes nationaux de conservation et d’accès aux données de trafic et de localisation avec l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7 et 8 de la Charte, a été examinée par la Cour à de nombreuses reprises.
39. Pour autant, la Cour reste régulièrement interrogée à cet égard. La persistance des renvois préjudiciels relatifs à l’interprétation de ces dispositions s’explique assurément par le caractère éminemment casuistique des questions posées à la Cour dans cette matière. Il ne saurait ainsi être ignoré que cette jurisprudence a récemment fait l’objet d’évolutions substantielles, la Cour ayant été saisie pour la première fois de la question de la conservation et de l’accès à des données de trafic s’agissant de la détection et de la poursuite d’infractions exclusivement constituées en ligne. Il apparaît dès lors opportun de procéder à un bref rappel de ladite jurisprudence, en particulier de ses développements les plus récents (section B).
40. Toutefois, cette persistance peut également être le signe des difficultés que peuvent rencontrer les juges nationaux dans leur pratique quotidienne à mettre en œuvre la jurisprudence de la Cour lorsqu’ils sont amenés à évaluer la compatibilité de dispositions nationales relatives à la conservation et l’accès à des données de trafic et de localisation avec le droit de l’Union. En effet, il me semble que la jurisprudence pertinente de la Cour peut apparaître, par son développement casuistique, complexe, voire, par certains aspects, de lecture difficile (section C).
41. Je tenterai dès lors de procéder à une systématisation de la jurisprudence de la Cour relative à la conservation des données de trafic et de localisation (section D), avant d’examiner, à la lumière de ces principes, les questions préjudicielles dont la Cour est saisie dans la présente affaire (section E).
B. La jurisprudence relative à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 s’agissant de régimes visant la conservation des données de trafic et de localisation
1. L’exception prévue à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58
42. La directive 2002/58 énonce un certain nombre de principes entourant la conservation et le traitement par les fournisseurs de services de communications électroniques des données de trafic et de localisation.
43. Tout d’abord, l’article 5, paragraphe 1, de cette directive prévoit le principe de confidentialité tant des communications électroniques que des données relatives au trafic y afférentes et implique, notamment, l’interdiction faite, en principe, à toute personne autre que les utilisateurs de stocker, sans le consentement de ceux-ci, ces communications et ces données ( 10 ).
44. Ensuite, l’article 6, paragraphe 1, de ladite directive prévoit que les données relatives au trafic concernant les abonnés et les utilisateurs doivent être effacées et rendues anonymes lorsqu’elles ne sont plus nécessaires à la transmission d’une communication ( 11 ).
45. L’article 9 de la même directive, enfin, prévoit que les données de localisation autres que les données relatives au trafic ne peuvent être traitées que sous certaines conditions et après avoir été rendues anonymes ou moyennant le consentement des utilisateurs ou des abonnés ( 12 ).
46. Ainsi, en adoptant la directive 2002/58, le législateur de l’Union a concrétisé les droits consacrés aux articles 7 et 8 de la Charte, de telle sorte que les utilisateurs de moyens de communication électronique sont en droit de s’attendre, en principe, à ce que leurs communications et les données y afférentes restent, en l’absence de leur consentement, anonymes et ne puissent pas faire l’objet d’un enregistrement. Partant, cette directive ne se limite pas à encadrer l’accès à de telles données par des garanties visant à prévenir les abus, mais consacre aussi, en particulier, le principe de l’interdiction de leur stockage par des tiers ( 13 ).
47. L’article 15, paragraphe 1, de ladite directive permet précisément aux États membres d’adopter des mesures législatives visant à « limiter la portée » des droits et des obligations prévus, notamment, aux articles 5, 6 et 9 de cette même directive, tels que ceux découlant des principes de confidentialité des communications et de l’interdiction du stockage des données y afférentes.
48. Cette disposition établit par ailleurs une liste des objectifs susceptibles de justifier une limitation des droits et des obligations prévus, notamment, aux articles 5, 6 et 9 de la directive 2002/58. Il peut ainsi s’agir de sauvegarder la sécurité nationale, la défense et la sécurité publique, ou encore d’assurer la prévention, la recherche, la détection et la poursuite d’infractions pénales ou d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques. La Cour a déjà jugé que l’énumération des objectifs figurant à l’article 15, paragraphe 1, première phrase, de cette directive revêt un caractère exhaustif, de telle sorte qu’une mesure législative adoptée au titre de cette disposition doit répondre effectivement et strictement à l’un de ces objectifs ( 14 ).
49. L’article 15, paragraphe 1, de ladite directive constitue donc une exception à la règle générale prévue à ces dispositions et doit donc, conformément à une jurisprudence constante, faire l’objet d’une interprétation stricte ( 15 ).
50. Ce faisant, l’article 15, paragraphe 1, de la même directive reflète également la circonstance que les droits consacrés aux articles 7, 8 et 11 de la Charte n’apparaissent pas comme étant des prérogatives absolues, mais comme devant être pris en considération par rapport à leur fonction dans la société. En effet, ainsi qu’il ressort de son article 52, paragraphe 1, la Charte admet des limitations à l’exercice de ces droits, pour autant que ces limitations soient prévues par la loi, qu’elles respectent le contenu essentiel desdits droits et que, dans le respect du principe de proportionnalité, elles soient nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union ou au besoin de protection des droits et des libertés d’autrui. Ainsi, l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière de la Charte, requiert de tenir compte également de l’importance que revêtent les objectifs de protection de la sécurité nationale et de lutte contre la criminalité grave en contribuant à la protection des droits et des libertés d’autrui et de celle des droits consacrés aux articles 3, 4, 6 et 7 de la Charte, dont sont susceptibles de découler des obligations positives à la charge des pouvoirs publics ( 16 ).
51. La Cour juge ainsi de façon constante que, face à ces différentes obligations positives, il convient de procéder à une conciliation des différents intérêts légitimes et des droits en cause. Dans ce cadre, il découle des termes mêmes de l’article 15, paragraphe 1, première phrase, de cette directive que les États membres peuvent adopter une mesure dérogeant au principe de confidentialité lorsqu’une telle mesure est « nécessaire, appropriée et proportionnée, au sein d’une société démocratique ». Le considérant 11 de ladite directive indique, à cet effet, qu’une mesure de cette nature doit être « rigoureusement » proportionnée au but poursuivi ( 17 ).
2. La proportionnalité comme élément central de l’analyse d’un régime de conservation des données , à la lumière de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58
52. Comme je l’avais énoncé dans mes secondes conclusions dans l’affaire Quadrature du Net e.a. (Données personnelles et lutte contre la contrefaçon), le principe de proportionnalité est donc au cœur de l’analyse d’une mesure nationale de conservation des données relatives au trafic et à la localisation, à la lumière de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, et comporte deux volets ( 18 ).
53. D’une part, la Cour juge que, pour satisfaire à l’exigence de proportionnalité, une législation doit prévoir des règles claires et précises régissant la portée et l’application de la mesure en cause et imposant des exigences minimales, de telle sorte que les personnes dont les données à caractère personnel sont concernées disposent de garanties suffisantes permettant de protéger efficacement ces données contre les risques d’abus. Cette législation doit être légalement contraignante en droit interne et, en particulier, indiquer en quelles circonstances et sous quelles conditions une mesure prévoyant le traitement de telles données peut être prise, garantissant ainsi que l’ingérence soit limitée au strict nécessaire ( 19 ). En d’autres termes, il convient de garantir que le régime en cause répond à un certain nombre de conditions visant à limiter la portée de l’ingérence qu’il suppose.
54. D’autre part, il est de jurisprudence constante que la possibilité pour les États membres de justifier une limitation aux droits et aux obligations prévus, notamment, aux articles 5, 6 et 9 de la directive 2002/58 doit être appréciée en mesurant la gravité de l’ingérence que comporte cette limitation et en vérifiant que l’importance de l’objectif d’intérêt général poursuivi par ladite limitation se rapporte à cette gravité ( 20 ). Autrement dit, il s’agit d’assurer que l’importance des objectifs poursuivis correspond au niveau de gravité de l’ingérence que le régime de conservation des données de trafic et de localisation entraîne. En effet, il existe, selon la Cour, une hiérarchie entre ces objectifs en fonction de leur importance respective ( 21 ), la sauvegarde de la sécurité nationale étant susceptible de justifier des ingérences plus importantes dans les droits fondamentaux, là où la lutte contre la criminalité en général ne peut fonder que des ingérences de moindre gravité.
55. C’est sur la base de ces principes que la Cour a notamment jugé qu’une mesure nationale prévoyant la conservation généralisée et indifférenciée des données de trafic et de localisation peut être seulement justifiée par l’objectif de sauvegarde de la sécurité nationale ( 22 ), tandis qu’il est exclu qu’une telle mesure puisse être justifiée par l’objectif de lutte contre la criminalité en général ( 23 ).
56. Dans ce même ordre d’idées, la Cour admet la possibilité d’une conservation ciblée de ces données, notamment sur la base d’un critère géographique, afin de poursuivre l’objectif de lutte contre la criminalité grave ( 24 ), et de la conservation des adresses IP attribuées à la source d’une connexion dans le but de poursuivre cet objectif ( 25 ).
57. En revanche, s’agissant des données relatives à l’identité civile des utilisateurs, elles peuvent, en raison du moindre degré d’ingérence dans les droits fondamentaux que leur conservation suppose, en faire l’objet dans le but de lutter contre la criminalité en général ( 26 ).
58. Cette approche est également celle suivie par la Cour EDH. Lors de l’examen d’une éventuelle violation de l’article 8 de la CEDH par une mesure nationale prévoyant la conservation de certaines données de trafic et de localisation, la Cour EDH fait de la proportionnalité de cette mesure l’élément central de son analyse. Ainsi, en considération de la gravité de l’ingérence considérée dans l’exercice par les requérants de leurs droits relevant de la sphère de l’article 8 de la CEDH ( 27 ), elle juge qu’une législation nationale prévoyant la conservation généralisée et indifférenciée de données de communication viole cet article dès lors qu’elle est insuffisante à limiter à ce qui est nécessaire dans une société démocratique l’ingérence qu’elle entraîne dans le droit au respect de la vie privée ( 28 ).
3. La récente adaptation de la jurisprudence relative à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 s’agissant de la criminalité exclusivement commise en ligne
59. Plus récemment, la Cour a précisé l’examen de la proportionnalité d’une mesure de conservation de certaines données de trafic et de localisation, lorsque cette mesure vise la détection et la poursuite d’infractions exclusivement commises en ligne ( 29 ). La Cour a ainsi modulé son interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, à deux égards.
60. En premier lieu, la Cour a affiné l’examen de la gravité de l’ingérence que comporte une mesure de conservation de certaines données de trafic et de localisation – en l’espèce, d’adresses IP attribuées à la source d’une connexion. Ainsi, la Cour juge qu’une mesure, au titre de l’article 15, paragraphe 1, de cette directive, permettant la conservation généralisée et indifférenciée de ces adresses IP, peut, le cas échéant, être justifiée par l’objectif de lutte contre les infractions pénales en général ( 30 ), lorsqu’il est effectivement exclu que cette conservation puisse engendrer des ingérences graves dans la vie privée de la personne concernée en raison de la possibilité de tirer des conclusions précises sur celle-ci moyennant, notamment, une mise en relation desdites adresses IP avec un ensemble de données de trafic ou de localisation qui auraient également été conservées par ces fournisseurs ( 31 ).
61. La Cour précise par ailleurs qu’un État membre qui entend imposer aux fournisseurs de services de communications électroniques une telle obligation doit s’assurer que les modalités de conservation de ces données soient de nature à garantir qu’est exclue toute combinaison de ces mêmes adresses IP avec d’autres données conservées qui permettraient de tirer des conclusions précises sur la vie privée des personnes dont les données sont conservées ( 32 ). Il lui incombe dès lors de prévoir des modalités de conservation de ces données qui doivent concerner la structure même de cette conservation qui, en substance, doit être organisée de manière à garantir une séparation effectivement étanche des différentes catégories de données conservées ( 33 ).
62. L’arrêt Quadrature du Net II constitue ainsi une évolution de la jurisprudence antérieure relative à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58. Non seulement il est clairement énoncé que la gravité de l’ingérence dépend des conclusions qu’il est possible de tirer sur la vie privée des personnes dont les données sont conservées, mais, en outre, la Cour admet que les États membres ont la possibilité, en prévoyant des modalités spécifiques de conservation des données en cause, d’avoir une influence sur le niveau de gravité d’une ingérence ( 34 ).
63. En second lieu, la Cour rappelle que, s’agissant d’infractions commises en ligne, l’accès à certaines données, notamment l’adresse IP à la source d’une connexion, peut constituer le seul moyen d’investigation permettant l’identification effective de la personne à laquelle cette adresse était attribuée au moment de la commission de l’infraction dont il est question ( 35 ).
64. Selon la Cour, cette seule circonstance tend à établir que la conservation des données pertinentes est, s’agissant de la lutte contre les infractions pénales commises en ligne, strictement nécessaire à la réalisation de l’objectif poursuivi et répond donc à l’exigence de proportionnalité qu’impose l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 ( 36 ). En effet, l’absence de conservation de ces données (et d’accès subséquent à celles-ci) entraîne un risque d’impunité systémique des infractions pénales commises en ligne, qui ne saurait être ignoré afin d’apprécier, dans le cadre d’une mise en balance des différents droits et intérêts en présence, si une ingérence dans les droits garantis aux articles 7, 8 et 11 de la Charte est une mesure proportionnée au regard de l’objectif de lutte contre les infractions pénales ( 37 ).
65. Ce faisant, l’arrêt Quadrature du Net II me semble conduire à un certain assouplissement de la jurisprudence de la Cour relative à l’article 15, paragraphe 1, de cette directive ou, à tout le moins, à une application pragmatique de ses principes.
66. Sa lecture d’ensemble révèle toutefois, à mon sens, certaines limites.
C. Les écueils de la jurisprudence relative à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 s’agissant de régimes visant la conservation des données de trafic et de localisation
67. La coexistence d’une jurisprudence souple, s’agissant de la conservation de données nécessaires à la lutte contre les infractions pénales commises en ligne conformément à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, et de la jurisprudence classique de la Cour relative à l’interprétation de cette disposition me semble produire deux limites.
68. En premier lieu, et d’un point de vue pratique, je relève que la lecture combinée de l’arrêt Quadrature du Net II et des arrêts antérieurs conduit à exiger des fournisseurs de services de communications électroniques la multiplication de fichiers de conservation des données, devant répondre à différentes caractéristiques techniques, selon l’objectif poursuivi par cette conservation.
69. Si une telle problématique pouvait déjà exister, avant l’arrêt Quadrature du Net II, en raison des différents régimes de conservation des données selon l’objectif poursuivi, elle apparaît plus prégnante encore.
70. La jurisprudence de la Cour impose en effet désormais aux États membres de prévoir, lorsqu’ils imposent, pour la poursuite d’un objectif de moindre importance que la défense de la sécurité nationale, la conservation de données de trafic et de localisation permettant, en principe, de tirer des conclusions précises sur la vie privée des utilisateurs, des modalités de conservation assurant que les différentes catégories de données soient conservées de manière pleinement séparée ( 38 ).
71. Selon la jurisprudence de la Cour, ces modalités de conservation doivent garantir que, sur un plan technique, la séparation des différentes catégories de données conservées est effectivement étanche, moyennant un dispositif informatique sécurisé et fiable ( 39 ). En outre, la mise en relation des différentes données ainsi conservées doit se faire par l’usage d’un procédé technique performant ne remettant pas en cause l’efficacité de la séparation étanche de ces catégories de données ( 40 ). Par ailleurs, la fiabilité de cette séparation étanche doit faire l’objet d’un contrôle régulier par une autorité publique autre que celle qui cherche à obtenir l’accès aux données à caractère personnel conservées par les fournisseurs de services de communications électroniques ( 41 ).
72. Ainsi, la conservation des données de trafic et de localisation nécessaires à la détection et à la poursuite des infractions exclusivement commises en ligne suppose, pour être effectuée conformément à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, un certain nombre d’adaptations techniques de la part des fournisseurs de services de communications électroniques.
73. Or il n’existe aucune exigence de cette sorte s’agissant des données de trafic et de localisation conservées dans le but de faire face à une menace grave pour la sécurité nationale. Dans une telle hypothèse, ces données peuvent être conservées dans un fichier unique, facilitant ainsi les recoupements entre elles, sans que cela remette en cause la compatibilité d’un tel mécanisme avec l’article 15, paragraphe 1, de cette directive.
74. Il s’ensuit que les exigences découlant de la jurisprudence de la Cour relative à l’interprétation de cette disposition me semblent conduire à la multiplication des fichiers de conservation de données de trafic et de localisation, répondant en outre à des caractéristiques différentes.
75. Une telle solution entraîne, selon moi, un risque non négligeable quant à la sécurité des données de trafic et de localisation devant être conservées dans un fichier assurant leur séparation étanche de sorte qu’on ne puisse pas en tirer de conclusions précises sur la vie des utilisateurs. Les mêmes données faisant l’objet de deux modes de conservation différents, il ne saurait être exclu le recours, à tout le moins accidentel, au fichier le moins sécurisé pour l’obtention de données en dehors d’une menace grave pour la sécurité nationale.
76. En outre, ainsi que l’a souligné la Ligue des droits humains lors de l’audience, il me semble que la multiplication de fichiers de conservation pour des données identiques comporte également le risque d’absence de mise en œuvre effective de la jurisprudence la plus récente de la Cour. Dans la mesure où l’ensemble des données de trafic et de localisation sont déjà collectées dans un fichier unique à des fins de sauvegarde de la sécurité nationale, il existe une probabilité non négligeable que les fournisseurs de services de communications électroniques ne procèdent, in fine, à aucune structuration des données lorsque celles-ci sont conservées pour la poursuite d’autres objectifs énoncés à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58.
77. En second lieu, une lecture d’ensemble de la jurisprudence de la Cour relative à l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, de cette directive me pousse à m’interroger sur la logique même de cette dernière.
78. En effet, il ressort clairement de celle-ci que la gravité de l’ingérence qu’implique la conservation de données de trafic et de localisation tient aux conclusions qu’il est possible de tirer de ces données quant à la vie privée des utilisateurs. En outre, la Cour admet que l’ingérence peut être limitée par des mesures techniques visant précisément à garantir que de telles conclusions ne puissent pas être tirées.
79. Il ressort à mon sens de ces éléments, au centre du test de proportionnalité de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, que la détermination du niveau d’ingérence dans les droits fondamentaux dépend essentiellement de l’usage subséquent qui peut être fait des données en cause.
80. Il est vrai que la Cour juge de façon constante que la conservation des données de trafic et de localisation constitue une ingérence dans les droits fondamentaux sans qu’il importe de savoir si les informations relatives à la vie privée concernées présentent ou non un caractère sensible ou si les intéressés ont subi ou non d’éventuels inconvénients en raison de cette ingérence ( 42 ). De même, il est sans pertinence que les données conservées soient ou non utilisées par la suite, l’accès à de telles données constituant, quelle que soit l’utilisation qui en est faite ultérieurement, une ingérence distincte dans les droits fondamentaux ( 43 ).
81. Il ne s’agit donc pas ici de contester l’idée que la seule conservation des données de trafic et de localisation est, en soi, une ingérence dans les droits fondamentaux.
82. Toutefois, il me semble que cette ingérence résulte avant tout du fait que ces données sont susceptibles d’être utilisées de sorte à tirer des conclusions sur la vie privée des utilisateurs. La Cour le souligne d’ailleurs : la conservation des données n’intervient qu’aux seules fins de rendre, le cas échéant, ces données accessibles aux autorités nationales compétentes ( 44 ). En effet, en l’absence de conservation des données de trafic et de localisation, la question de l’ingérence qu’entraîne l’accès à ces dernières ne se pose pas ( 45 ).
83. Autrement dit, selon moi, la conservation des données de trafic et de localisation est une ingérence dans les droits fondamentaux, car elle est la condition nécessaire à leur accès subséquent, peu importe que cet accès ait lieu ou non.
84. Ce faisant, je suis d’avis, à l’instar de la Commission, qu’un régime de conservation généralisée et indifférenciée des données de trafic et de localisation ne devrait pas, par principe, être exclu dès lors qu’il ne vise pas la sauvegarde de la sécurité nationale. En effet, dans la mesure où un tel régime demeure soumis à des modalités de structuration dans la conservation de ces données telles que celles développées par la Cour dans l’arrêt Quadrature du Net II et à des limites temporelles strictes, il me semble que l’ingérence dans les droits fondamentaux qu’il implique reste proportionnée.
85. Il en va d’autant plus ainsi que la jurisprudence de la Cour, même antérieure à l’arrêt Quadrature du Net II, me semble porter en elle les prémisses d’une telle solution. En effet, en admettant la possibilité de la conservation des données sur la base d’un critère géographique, pour des motifs autres que relatifs à la sauvegarde de la sécurité nationale ( 46 ), la Cour reconnaît implicitement qu’une conservation généralisée et indifférenciée de ces données peut, sous conditions, être admise au titre de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58.
86. En revanche, le fait d’admettre la compatibilité d’un tel régime de conservation des données de trafic et de localisation avec l’article 15, paragraphe 1, de cette directive ne peut qu’aller de pair avec un renforcement important des conditions relatives à l’accès à ces données, en particulier lorsque cet accès est demandé dans le but de poursuivre les objectifs de moindre importance dans la hiérarchie de cette disposition.
87. En particulier, et de manière schématique, l’accès aux données ainsi conservées devrait être refusé lorsqu’il est justifié par un objectif de l’article 15, paragraphe 1, de ladite directive de moindre importance, alors même que l’ingérence dans les droits fondamentaux qu’il implique présente un degré de gravité important. Autrement dit, l’exigence d’une correspondance entre la gravité de l’ingérence dans les droits fondamentaux et l’importance de l’objectif poursuivi ne disparaît pas, mais se concentre au stade de l’étude de l’ingérence dans les droits fondamentaux du fait de cet accès.
88. Une telle solution permettrait tout d’abord, selon moi, de palier le risque d’impunité systémique des infractions exclusivement commises en ligne ou dont la commission ou la préparation est facilitée par les caractéristiques propres à l’internet. Elle garantit en effet l’existence des données nécessaires à leur poursuite, alors même que le développement et l’importance toujours grandissante de l’internet entraînent dans le même temps l’accroissement des comportements cybercriminels ( 47 ).
89. Ensuite, assortie à un renforcement des conditions permettant l’accès aux données pertinentes, cette solution assure dans le même temps la limitation de l’ingérence dans les droits fondamentaux qu’une telle conservation implique.
90. Enfin, en ce qu’elle évite la multiplication des techniques de conservation de ces données, ladite solution permet également d’éviter le contournement, dans les États membres, de la jurisprudence de la Cour – accidentel ou non – par l’accès, pour des motifs étrangers à la défense de la sécurité nationale, aux données conservées dans un fichier général non structuré dans le but de poursuivre ce dernier objectif, ou par son absence de mise en œuvre effective par les fournisseurs de services de communications électroniques.
91. Dès lors, je suis d’avis qu’il est possible, et même souhaitable, d’étendre la solution développée par la Cour dans l’arrêt Quadrature du Net II à l’ensemble des régimes de conservation des données de trafic et de localisation adoptés sur le fondement de l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 ( 48 ).
D. Une proposition de systématisation
92. L’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 devrait ainsi être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à une législation nationale prévoyant, pour la poursuite des objectifs énoncés à cette disposition, la conservation généralisée et indifférenciée des données de trafic et de localisation, à condition que, en vertu de cette législation, ces données soient conservées dans des conditions et selon des modalités techniques garantissant qu’il soit exclu que cette conservation puisse permettre de tirer des conclusions précises sur la vie privée des utilisateurs, ce qui peut être accompli, en particulier, en imposant aux fournisseurs de services de communications électroniques une obligation de conservation des différentes catégories de données à caractère personnel garantissant une séparation effectivement étanche de ces différentes catégories de données empêchant, au stade de cette conservation, toute exploitation combinée desdites différentes catégories de données, et ce pour une durée ne dépassant pas le strict nécessaire.
93. Une telle législation doit en outre prévoir des règles claires et précises régissant la portée et l’application de la mesure en cause et imposant des exigences minimales, de telle sorte que les personnes dont les données à caractère personnel sont concernées disposent de garanties suffisantes permettant de protéger efficacement ces données contre les risques d’abus. Cette législation doit être légalement contraignante en droit interne et, en particulier, indiquer en quelles circonstances et sous quelles conditions une mesure prévoyant le traitement de telles données peut être prise, garantissant ainsi que l’ingérence soit limitée au strict nécessaire.
94. C’est sur la base de ces principes que je procéderai à l’analyse des questions préjudicielles.
E. La réponse aux questions préjudicielles
1. Sur la première question préjudicielle
95. Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7 et 8 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, s’oppose à une législation qui :
– prévoit une obligation pour les fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de trafic visées dans cette législation, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, afin que ces fournisseurs prennent les mesures appropriées, proportionnées, préventives et curatives de manière à éviter les fraudes et les utilisations malveillantes sur leurs réseaux et à empêcher que les utilisateurs finaux subissent un préjudice ou soient importunés, ainsi qu’à établir les fraudes ou les utilisations malveillantes du réseau ou du service ou à pouvoir en identifier l’auteur et l’origine ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de trafic concernées au-delà des délais précités, en cas de fraude ou d’utilisation malveillante du réseau spécifique identifiée, le temps nécessaire à son analyse et à sa résolution ou le temps nécessaire au traitement de cette utilisation malveillante ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, de conserver et de traiter d’autres données que celles visées dans cette directive, en vue de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service, ou d’identifier son auteur et son origine ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, de conserver et de traiter pour une durée de douze mois les données de trafic qu’ils estiment nécessaires pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux et services de communications électroniques, et en particulier pour détecter et analyser une atteinte potentielle ou réelle à cette sécurité, en ce compris pour identifier l’origine de cette atteinte, et, en cas d’atteinte spécifique à ladite sécurité, de conserver ces données pendant la durée nécessaire pour traiter ladite atteinte.
96. La première question préjudicielle concerne donc l’article 122, § 4 et § 4/1, de la loi du 13 juin 2005. Cette disposition prévoit à la fois une obligation et une faculté, imposées aux fournisseurs de services de communications électroniques, de conserver un certain nombre de données de trafic et de localisation dans le but de détecter ou d’identifier l’auteur d’une fraude ou d’une utilisation malveillante du réseau ou du service.
97. Le gouvernement belge défend l’idée selon laquelle une telle législation est justifiée par l’objectif énoncé à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58 de prévention, recherche, détection et poursuite d’utilisations non autorisées du système de communications électroniques et qu’elle est en outre strictement proportionnée à cet objectif.
98. Tel ne me semble pas être le cas.
99. Je commencerai par relever que les données visées à l’article 122, § 4 et § 4/1, de la loi du 13 juin 2005 représentent un ensemble particulièrement large de données. Sont en cause dans cette disposition : les identifiants de l’origine et de la destination de la communication, les dates et heures précises de début et de fin de la communication, la localisation des équipements terminaux des parties à la communication, le numéro de téléphone à l’origine de la communication entrante, l’adresse IP à la source de la communication entrante, l’horodatage et le port utilisé, les dates et heures précises de la communication entrante, ainsi que toutes les données nécessaires pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement des réseaux et des services de communications électroniques. Ce faisant, les données que conservent les fournisseurs de services de communications électroniques permettent de retrouver et d’identifier la source d’une communication et la destination de celle-ci, de déterminer la date, l’heure, la durée ainsi que la localisation des utilisateurs ( 49 ). Il est donc indéniable que ces données permettent de tirer des conclusions précises sur la vie privée de ces utilisateurs.
100. Si, selon ma lecture de la jurisprudence de la Cour relative à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, l’existence d’une telle ingérence dans les droits fondamentaux peut néanmoins être justifiée sur le fondement de cette disposition, c’est seulement à condition que la législation en cause impose, pour la conservation de cet ensemble de données, un mode de conservation précis de sorte à limiter l’ingérence résultant de la conservation dudit ensemble de données.
101. Or il ne ressort nullement de la législation nationale que les données en cause sont conservées dans des conditions et selon des modalités techniques garantissant qu’il soit exclu que tel puisse être le cas. En effet, elle n’impose aucunement des modalités de conservation de ces données de sorte à garantir une séparation effectivement étanche des différentes catégories de données empêchant, au stade de cette conservation, toute exploitation combinée de ces différentes catégories de données.
102. Dès lors, l’ingérence qu’implique la conservation des données visées à l’article 122, § 4 et § 4/1, de la loi du 13 juin 2005 n’est pas, à mon sens, proportionnée à l’objectif poursuivi.
103. En tout état de cause, je relève que la législation en cause au principal se caractérise, selon moi, par une grande incertitude tant quant aux données qui sont effectivement conservées par les fournisseurs de services de communications électroniques que quant à la durée de cette conservation.
104. En effet, d’une part, je relève que, outre les données expressément listées, l’article 122, § 4/1, de la loi du 13 juin 2005 permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver « les données de trafic nécessaires pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux » et qu’il prévoit également que ces données expressément listées peuvent être complétées par un arrêté du Roi.
105. D’autre part, l’article 122, § 4 et § 4/1, de cette loi autorise les fournisseurs de services de communications électroniques à conserver les données en cause pendant la durée nécessaire au traitement d’une fraude ou d’une utilisation malveillante du réseau identifiée, au-delà de la durée expressément prévue par le législateur.
106. Ce faisant, c’est aux fournisseurs de services de communications électroniques qu’il revient in fine de décider s’ils procèdent à la conservation de données, de déterminer l’étendue des données concernées et la durée de leur conservation.
107. Ainsi, en l’absence de règles claires et précises relatives tant à l’étendue des données conservées qu’à la durée de leur conservation, laissant ouverte la possibilité d’une conservation non limitée à l’initiative exclusive des fournisseurs de services de communications électroniques, la législation nationale en cause au principal ne saurait être jugée proportionnée à l’objectif poursuivi.
108. De même, une telle législation me semble manifestement contraire à l’exigence selon laquelle toute limitation de l’exercice des droits fondamentaux doit être prévue par la loi, ce qui implique que la base légale qui permet l’ingérence dans ces droits doit définir elle-même la portée de la limitation de l’exercice du droit concerné ( 50 ).
109. Partant, je suis d’avis que l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7 et 8 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une législation nationale telle que celle visée par la juridiction de renvoi dans sa première question préjudicielle.
2. Sur la deuxième question préjudicielle
110. Par sa deuxième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7 et 8 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, s’oppose à une législation qui :
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de localisation, sans que cette législation décrive précisément quelles données sont visées, dans le cadre de la fourniture d’un réseau ou d’un service, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, lorsque cela est nécessaire pour le bon fonctionnement et la sécurité de ce réseau ou de ce service, ou pour détecter ou analyser les fraudes ou les utilisations malveillantes dudit réseau ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de localisation au-delà des délais précités, en cas d’atteinte, de fraude ou d’utilisation malveillante spécifique.
111. La deuxième question concerne donc l’article 123 de la loi du 13 juin 2005, qui prévoit l’obligation pour les fournisseurs de services de communications électroniques de conserver les données de localisation pendant une période de quatre ou douze mois selon les cas ainsi que la faculté de prolonger ces délais de conservation.
112. Cette question vise la conservation des données de localisation autres que les données relatives au trafic. À cet égard, je rappelle, ainsi que l’énonce le considérant 35 de la directive 2002/58, que les données de localisation indiquant la position géographique de l’équipement terminal de l’utilisateur mobile sont des données relatives au trafic couvertes par l’article 6 de cette directive lorsqu’elles sont traitées afin de permettre la transmission des communications. Toutefois, les réseaux numériques mobiles peuvent aussi avoir la capacité de traiter des données de localisation qui sont plus précises que ne l’exige la transmission des communications et qui sont utilisées pour la fourniture de services à valeur ajoutée tels que des services personnalisés d’information sur la circulation et de guidage des conducteurs. Ce type de données relève de l’article 9 de ladite directive, qui prévoit que ces données ne peuvent être traitées que de manière anonyme ou moyennant le consentement des utilisateurs ou des abonnés ( 51 ).
113. En ce que la législation nationale en cause au principal limite la portée des droits et obligations prévus à cette disposition, elle doit respecter les exigences prévues à l’article 15, paragraphe 1, de la même directive, tel qu’interprété par la jurisprudence de la Cour.
114. Je relève que la législation faisant l’objet de la deuxième question préjudicielle présente, à mon sens, les mêmes caractéristiques que celle visée par la première question, lesquelles m’ont conduit à la considérer contraire à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58.
115. En effet, d’une part, elle ne prévoit aucune exigence de structuration des données et, d’autre part, elle manque de précision tant s’agissant des données conservées que de la durée de leur conservation, ces deux éléments étant laissés à la discrétion des fournisseurs de services de communications électroniques.
116. Dès lors, pour les mêmes raisons que celles identifiées dans ma réponse à la première question ( 52 ), l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7 et 8 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte, doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une législation nationale telle que celle visée par la juridiction de renvoi dans sa deuxième question préjudicielle.
3. Sur la troisième question préjudicielle
117. Par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si, en cas de réponse affirmative aux deux premières questions préjudicielles, elle peut maintenir temporairement les effets des dispositions de la loi du 20 juillet 2022 incompatibles avec le droit de l’Union, afin d’éviter une situation d’insécurité juridique et de permettre que les données collectées et conservées précédemment puissent être utilisées conformément aux objectifs poursuivis par cette loi.
118. À cet égard, je rappelle que la Cour a répondu négativement à une question similaire, notamment, dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Quadrature du Net I ( 53 ). Il n’y a pas lieu, selon moi, de parvenir à un résultat différent.
119. Ainsi, elle a rappelé que le principe de la primauté du droit de l’Union consacre la prééminence du droit de l’Union sur le droit des États membres et impose dès lors à toutes les instances des États membres de donner leur plein effet aux différentes normes de l’Union, le droit des États membres ne pouvant affecter l’effet reconnu à ces différentes normes sur le territoire de ces États ( 54 ). En vertu de ce principe, à défaut de pouvoir procéder à une interprétation de la législation nationale conforme aux exigences du droit de l’Union, le juge national chargé d’appliquer, dans le cadre de sa compétence, les dispositions du droit de l’Union a l’obligation d’assurer le plein effet de celles-ci en laissant au besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute disposition contraire de la législation nationale, même postérieure, sans qu’il ait à demander ou à attendre l’élimination préalable de celle-ci par voie législative ou par tout autre procédé constitutionnel ( 55 ).
120. Seule la Cour peut, à titre exceptionnel et pour des considérations impérieuses de sécurité juridique, accorder une suspension provisoire de l’effet d’éviction exercé par une règle du droit de l’Union à l’égard du droit national contraire à celle-ci. Une telle limitation dans le temps des effets de l’interprétation de ce droit donnée par la Cour ne peut être accordée que dans l’arrêt même qui statue sur cette interprétation. Il serait porté atteinte à la primauté et à l’application uniforme du droit de l’Union si des juridictions nationales avaient le pouvoir de donner aux dispositions nationales la primauté par rapport au droit de l’Union auquel ces dispositions contreviennent, serait-ce à titre provisoire ( 56 ).
121. En outre, selon une jurisprudence constante, l’interprétation que la Cour donne d’une règle du droit de l’Union, dans l’exercice de la compétence que lui confère l’article 267 TFUE, éclaire et précise la signification et la portée de cette règle, telle qu’elle doit ou aurait dû être comprise et appliquée depuis le moment de son entrée en vigueur. Il s’ensuit que ladite règle ainsi interprétée peut et doit être appliquée par le juge à des rapports juridiques nés et constitués avant le prononcé de l’arrêt statuant sur cette demande d’interprétation si, par ailleurs, les conditions permettant de porter devant les juridictions compétentes un litige relatif à l’application de cette même règle se trouvent réunies ( 57 ).
122. À cet égard, il convient encore de préciser qu’une limitation dans le temps des effets de l’interprétation retenue n’a pas été opérée dans les arrêts Tele2 Sverige et Watson e.a. ( 58 ), Quadrature du Net I ou encore Commissioner of An Garda Síochána e.a.( 59 ), de sorte qu’elle ne saurait intervenir dans un arrêt de la Cour postérieur à ceux-ci.
123. Dans ces conditions, je suis d’avis qu’il convient de répondre à la troisième question préjudicielle en ce sens que le droit de l’Union s’oppose à ce qu’une juridiction nationale fasse application d’une disposition de droit national limitant les effets dans le temps d’une déclaration d’invalidité lui incombant, en vertu de ce droit, à l’égard d’une législation nationale imposant aux fournisseurs de services de communications électroniques une obligation de conservation généralisée et indifférenciée des données relatives au trafic et des données de localisation incompatible avec l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58, lu à la lumière des articles 7, 8 et 11 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la Charte.
1. By adopting the loi du 20 juillet 2022 relative à la collecte et à la conservation des données d’identification et des métadonnées dans le secteur des communications électroniques et à la fourniture de ces données aux autorités (Law of 20 July 2022 on the collection and retention of identification data and metadata in the electronic communications sector and the provision of such data to the authorities; ‘the Law of 20 July 2022’), the Belgian legislature intended to bring the national legislation into line with the judgment of the Cour constitutionnelle (Constitutional Court, Belgium) annulling the loi du 29 mai 2016 relative à la collecte et à la conservation des données dans le secteur des communications électroniques (Law of 29 May 2016 on the collection and retention of data in the electronic communications sector). ( 2 )
2. That judgment had been delivered following the judgment in La Quadrature du Net and Others , ( 3 ) relating to the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58/EC, ( 4 ) read in the light of Articles 7, 9 and 11 and Article 52(1) of the Charter of Fundamental Rights of the European Union (‘the Charter’).
3. Now that five actions for annulment in whole or in part of the Law of 20 July 2022 have been brought before it, the Cour constitutionnelle (Constitutional Court) once again asks the Court of Justice for an interpretation of those provisions in the light of the new national legislation which permits, inter alia, the retention of certain traffic and location data.
4. The present case therefore provides the Court with the opportunity to clarify its existing case-law on the subject, particularly with regard to the scope of the latest developments in that respect stemming from the judgment in La Quadrature du Net and Others (Personal data and action to combat counterfeiting) . ( 5 )
II. Legal framework
A. European Union law
5. Recitals 2, 6, 7, 11, 14, 15, 20, 22, 26, 29, 30, 35 and 36 of Directive 2002/58 state:
‘(2) This Directive seeks to respect the fundamental rights and observes the principles recognised in particular by the [Charter]. In particular, this Directive seeks to ensure full respect for the rights set out in Articles 7 and 8 of that Charter.
…
(6) The Internet is overturning traditional market structures by providing a common, global infrastructure for the delivery of a wide range of electronic communications services. Publicly available electronic communications services over the Internet open new possibilities for users but also new risks for their personal data and privacy.
(7) In the case of public communications networks, specific legal, regulatory and technical provisions should be made in order to protect fundamental rights and freedoms of natural persons and legitimate interests of legal persons, in particular with regard to the increasing capacity for automated storage and processing of data relating to subscribers and users.
…
(11) Like Directive 95/46/EC, [( 6 )] this Directive does not address issues of protection of fundamental rights and freedoms related to activities which are not governed by [EU] law. Therefore it does not alter the existing balance between the individual's right to privacy and the possibility for Member States to take the measures referred to in Article 15(1) of this Directive, necessary for the protection of public security, defence, State security (including the economic well-being of the State when the activities relate to State security matters) and the enforcement of criminal law. Consequently, this Directive does not affect the ability of Member States to carry out lawful interception of electronic communications, or take other measures, if necessary for any of these purposes and in accordance with the Convention for the Protection of Human Rights and Fundamental Freedoms, [signed at Rome on 4 November 1950 (‘ECHR’], as interpreted by the rulings of the European Court of Human Rights [(‘ECtHR’)]. Such measures must be appropriate, strictly proportionate to the intended purpose and necessary within a democratic society and should be subject to adequate safeguards in accordance with the [ECHR].
…
(14) Location data may refer to the latitude, longitude and altitude of the user’s terminal equipment, to the direction of travel, to the level of accuracy of the location information, to the identification of the network cell in which the terminal equipment is located at a certain point in time and to the time the location information was recorded.
(15) A communication may include any naming, numbering or addressing information provided by the sender of a communication or the user of a connection to carry out the communication. Traffic data may include any translation of this information by the network over which the communication is transmitted for the purpose of carrying out the transmission. Traffic data may, inter alia, consist of data referring to the routing, duration, time or volume of a communication, to the protocol used, to the location of the terminal equipment of the sender or recipient, to the network on which the communication originates or terminates, to the beginning, end or duration of a connection. They may also consist of the format in which the communication is conveyed by the network.
…
(20) Service providers should take appropriate measures to safeguard the security of their services, if necessary in conjunction with the provider of the network, and inform subscribers of any special risks of a breach of the security of the network. Such risks may especially occur for electronic communications services over an open network such as the Internet or analogue mobile telephony. It is particularly important for subscribers and users of such services to be fully informed by their service provider of the existing security risks which lie outside the scope of possible remedies by the service provider. Service providers who offer publicly available electronic communications services over the Internet should inform users and subscribers of measures they can take to protect the security of their communications for instance by using specific types of software or encryption technologies. The requirement to inform subscribers of particular security risks does not discharge a service provider from the obligation to take, at its own costs, appropriate and immediate measures to remedy any new, unforeseen security risks and restore the normal security level of the service. The provision of information about security risks to the subscriber should be free of charge except for any nominal costs which the subscriber may incur while receiving or collecting the information, for instance by downloading an electronic mail message. Security is appraised in the light of Article 17 of Directive [95/46].
…
(22) The prohibition of storage of communications and the related traffic data by persons other than the users or without their consent is not intended to prohibit any automatic, intermediate and transient storage of this information in so far as this takes place for the sole purpose of carrying out the transmission in the electronic communications network and provided that the information is not stored for any period longer than is necessary for the transmission and for traffic management purposes, and that during the period of storage the confidentiality remains guaranteed. …
…
(26) The data relating to subscribers processed within electronic communications networks to establish connections and to transmit information contain information on the private life of natural persons and concern the right to respect for their correspondence or concern the legitimate interests of legal persons. Such data may only be stored to the extent that is necessary for the provision of the service for the purpose of billing and for interconnection payments, and for a limited time. Any further processing of such data … may only be allowed if the subscriber has agreed to this on the basis of accurate and full information given by the provider of the publicly available electronic communications services about the types of further processing it intends to perform and about the subscriber’s right not to give or to withdraw his/her consent to such processing. Traffic data used for marketing communications services … should also be erased or made anonymous …
…
(29) The service provider may process traffic data relating to subscribers and users where necessary in individual cases in order to detect technical failure or errors in the transmission of communications. Traffic data necessary for billing purposes may also be processed by the provider in order to detect and stop fraud consisting of unpaid use of the electronic communications service.
(30) Systems for the provision of electronic communications networks and services should be designed to limit the amount of personal data necessary to a strict minimum. …
…
(35) In digital mobile networks, location data giving the geographic position of the terminal equipment of the mobile user are processed to enable the transmission of communications. Such data are traffic data covered by Article 6 of this Directive. However, in addition, digital mobile networks may have the capacity to process location data which are more precise than is necessary for the transmission of communications and which are used for the provision of value added services such as services providing individualised traffic information and guidance to drivers. The processing of such data for value added services should only be allowed where subscribers have given their consent. Even in cases where subscribers have given their consent, they should have a simple means to temporarily deny the processing of location data, free of charge.
(36) Member States may restrict the users’ and subscribers’ rights to privacy with regard to calling line identification where this is necessary to trace nuisance calls and with regard to calling line identification and location data where this is necessary to allow emergency services to carry out their tasks as effectively as possible. For these purposes, Member States may adopt specific provisions to entitle providers of electronic communications services to provide access to calling line identification and location data without the prior consent of the users or subscribers concerned.’
6. Article 1(1) of that directive, headed ‘Scope and aim’, provides:
‘This Directive provides for the harmonisation of the national provisions required to ensure an equivalent level of protection of fundamental rights and freedoms, and in particular the right to privacy and confidentiality, with respect to the processing of personal data in the electronic communication sector and to ensure the free movement of such data and of electronic communication equipment and services in the [European Union].’
7. Under Article 2 of that directive, headed ‘Definitions’:
‘Save as otherwise provided, the definitions in Directive [95/46] and in Directive 2002/21/EC of the European Parliament and of the Council of 7 March 2002 on a common regulatory framework for electronic communications networks and services (Framework Directive) ( 7 ) shall apply.
The following definitions shall also apply:
(a) “user” means any natural person using a publicly available electronic communications service, for private or business purposes, without necessarily having subscribed to this service;
(b) “traffic data” means any data processed for the purpose of the conveyance of a communication on an electronic communications network or for the billing thereof;
(c) “location data” means any data processed in an electronic communications network or by an electronic communications service, indicating the geographic position of the terminal equipment of a user of a publicly available electronic communications service;
(d) “communication” means any information exchanged or conveyed between a finite number of parties by means of a publicly available electronic communications service. This does not include any information conveyed as part of a broadcasting service to the public over an electronic communications network except to the extent that the information can be related to the identifiable subscriber or user receiving the information;
…’
8. As set out in Article 5 of that directive, headed ‘Confidentiality of the communications’:
‘1. Member States shall ensure the confidentiality of communications and the related traffic data by means of a public communications network and publicly available electronic communications services, through national legislation. In particular, they shall prohibit listening, tapping, storage or other kinds of interception or surveillance of communications and the related traffic data by persons other than users, without the consent of the users concerned, except when legally authorised to do so in accordance with Article 15(1). This paragraph shall not prevent technical storage which is necessary for the conveyance of a communication without prejudice to the principle of confidentiality.
…
3. Member States shall ensure that the storing of information, or the gaining of access to information already stored, in the terminal equipment of a subscriber or user is only allowed on condition that the subscriber or user concerned has given his or her consent, having been provided with clear and comprehensive information, in accordance with Directive [95/46], inter alia, about the purposes of the processing. This shall not prevent any technical storage or access for the sole purpose of carrying out the transmission of a communication over an electronic communications network, or as strictly necessary in order for the provider of an information society service explicitly requested by the subscriber or user to provide the service.’
9. Article 6 of Directive 2002/58, headed ‘Traffic data’, provides:
‘1. Traffic data relating to subscribers and users processed and stored by the provider of a public communications network or publicly available electronic communications service must be erased or made anonymous when it is no longer needed for the purpose of the transmission of a communication without prejudice to paragraphs 2, 3 and 5 of this Article and Article 15(1).
2. Traffic data necessary for the purposes of subscriber billing and interconnection payments may be processed. Such processing is permissible only up to the end of the period during which the bill may lawfully be challenged or payment pursued.
3. For the purpose of marketing electronic communications services or for the provision of value added services, the provider of a publicly available electronic communications service may process the data referred to in paragraph 1 to the extent and for the duration necessary for such services or marketing, if the subscriber or user to whom the data relate has given his or her prior consent. Users or subscribers shall be given the possibility to withdraw their consent for the processing of traffic data at any time.
…
5. Processing of traffic data, in accordance with paragraphs 1, 2, 3 and 4, must be restricted to persons acting under the authority of providers of the public communications networks and publicly available electronic communications services handling billing or traffic management, customer enquiries, fraud detection, marketing electronic communications services or providing a value added service, and must be restricted to what is necessary for the purposes of such activities.’
…
10. Article 9 of that directive, headed ‘Location data other than traffic data’, provides, in paragraph 1 thereof:
‘Where location data other than traffic data, relating to users or subscribers of public communications networks or publicly available electronic communications services, can be processed, such data may only be processed when they are made anonymous, or with the consent of the users or subscribers to the extent and for the duration necessary for the provision of a value added service. The service provider must inform the users or subscribers, prior to obtaining their consent, of the type of location data other than traffic data which will be processed, of the purposes and duration of the processing and whether the data will be transmitted to a third party for the purpose of providing the value added service. …’
11. Article 15 of that directive, headed ‘Application of certain provisions of Directive [95/46]’, states:
‘1. Member States may adopt legislative measures to restrict the scope of the rights and obligations provided for in Article 5, Article 6, Article 8(1), (2), (3) and (4), and Article 9 of this Directive when such restriction constitutes a necessary, appropriate and proportionate measure within a democratic society to safeguard national security (i.e. State security), defence, public security, and the prevention, investigation, detection and prosecution of criminal offences or of unauthorised use of the electronic communication system, as referred to in Article 13(1) of Directive [95/46]. To this end, Member States may, inter alia, adopt legislative measures providing for the retention of data for a limited period justified on the grounds laid down in this paragraph. All the measures referred to in this paragraph shall be in accordance with the general principles of [EU] law, including those referred to in Article 6(1) and (2) [TEU].
…
2. The provisions of Chapter III on judicial remedies, liability and sanctions of Directive [95/46] shall apply with regard to national provisions adopted pursuant to this Directive and with regard to the individual rights derived from this Directive.
…’
B. Belgian law
12. The Law of 20 July 2022 amended, inter alia, the Law of 17 January 2003 on the status of the Belgian regulator for the postal and telecommunications sectors (‘the Law of 17 January 2003’) and the Law of 13 June 2005 on electronic communications (‘the Law of 13 June 2005’).
1. The Law of 17 January 2003
13. Article 25/1 of the Law of 17 January 2003, as amended by Article 24 of the Law of 20 July 2022, is worded as follows:
‘§ 1. For the purposes of investigating, detecting or prosecuting an offence referred to in Article 145(3) or (3 bis ) of the [Law of 13 June 2005] or point 2 of Article 24(1), a senior law-enforcement officer of the [Belgian Institute for postal services and telecommunications (‘the Institute’)] may, in writing:
1° require an operator to respond to a request for identification data which is necessary for those purposes;
2° request the cooperation of the persons and institutions referred to in Article 46 quater (1) of the Code d’instruction criminelle [(Code of Criminal Procedure)] and associations representing them, on the basis of the online payment reference specific to an electronic communications service which has previously been provided by an operator in accordance with point 1, in order to identify the person who paid for the service;
3° request the cooperation of closed centres or accommodation facilities within the meaning of Articles 74/8 and 74/9 of the Law of 15 December 1980 on the admission to the territory, residence, settlement and removal of foreign nationals, where the subscriber has subscribed to an electronic communications service, on the basis of the contact details of the centre or accommodation facility which have previously been provided by an operator in accordance with point 1, for the purpose of identifying the subscriber;
4° request the cooperation of any other legal person who is the subscriber of an operator or who subscribes to an electronic communications service in the name and on behalf of natural persons, on the basis of data previously provided by an operator in accordance with point 1, for the purpose of identifying the subscriber or habitual user of the service.
A request referred to in the first subparagraph may be transmitted to a person referred to in that subparagraph only with the written authorisation of a senior law-enforcement officer referred to in Article 24(2). Such authorisation may be granted only on the basis of a written and reasoned request sent to that officer in accordance with paragraph 5.
§ 2. For the purposes of performing his or her tasks, a senior law-enforcement officer of the Institute may require an operator, in writing, to respond to a request for metadata which is necessary for the purposes of investigating, detecting or prosecuting an offence referred to in Article 145(3) or (3 bis ) of the [Law of 13 June 2005], or in point 2 of Article 24(1).
Except in duly justified cases of urgency, the senior law-enforcement officer of the Institute may send the request to the operator only after submitting a written and reasoned request to the investigating judge and with the latter’s written authorisation.
In a duly justified case of urgency as referred to in the second subparagraph, the senior law-enforcement officer of the Institute shall, without delay after the request has been sent to the operator, provide the investigating judge with a copy of that request, the grounds for the request and the justification for the urgency. A subsequent review shall be carried out by the investigating judge.
Where, following that subsequent review, the investigating judge refuses to confirm the validity of the request sent by the senior law-enforcement officer of the Institute to the operator, that officer shall notify the operator concerned without delay and delete the metadata obtained.
§ 3. By way of derogation from paragraphs 1 and 2, for the purpose of monitoring compliance with Articles 126, 126/1, 126/2, 126/3 or 127 of the [Law of 13 June 2005] and the orders implementing them, and at the written and reasoned request of a senior law-enforcement officer of the Institute, an operator shall, within the period specified in the requisition, grant access for consultation of its databases which implement one of those articles or implementing orders.
A request referred to in subparagraph 1 may be transmitted to an operator only with written authorisation from a senior law-enforcement officer of the Institute referred to in Article 24(2). Such authorisation may be granted only on the basis of a written and reasoned request in accordance with paragraph 5.
The request sent to the operator shall state the names of the senior law-enforcement officers of the Institute who may access the database.
Those officers may take copies of the data and documents consulted pursuant to subparagraph 1 only for the purpose of detecting offences committed by the operator.
§ 4. For the purposes of paragraphs 1 and 2, the persons referred to in the first subparagraph of paragraph 1, from whom a senior law-enforcement officer of the Institute has requested data, shall provide him or her with those data in real time or, as the case may be, at the time stated in the requisition.
For the purposes of paragraphs 1 to 3, any person who, in the performance of his or her duties, becomes aware of the measure or assists in its implementation shall be bound by an obligation of secrecy. Any breach of that obligation shall be punishable in accordance with Article 458 of the Criminal Code.
Any person who refuses to provide the data or who fails to provide them in real time or, as the case may be, at the time specified in the requisition, shall be liable to a fine of between EUR 26 and EUR 10 000.
Any person who refuses to permit consultation of the database in accordance with paragraph 3, or who fails to permit such consultation within the period specified in the requisition, shall be liable to a fine of between EUR 26 and EUR 10 000.
§ 5. For the purposes of paragraphs 1 to 3, the grounds for the request sent to the senior law-enforcement officer referred to in Article 24(2) or to the investigating judge must be set out having regard to the circumstances of the investigation.
For the purposes of paragraphs 1 and 2, those grounds shall specify:
1° the link between the data requested and the objective of investigating, detecting or prosecuting the specific offence justifying the request;
2° why the data requested are strictly necessary for the purposes of the investigation.
§ 6. The senior law-enforcement officers of the Institute shall record in a register:
1° all the requests referred to in paragraphs 1, 2 and 3;
2° the grounds for the request and the justification for the urgency with which the investigating judge was provided in accordance with the third subparagraph of paragraph 2;
3° the authorisations provided for in paragraphs 1, 2 and 3.’
2. The Law of 13 June 2005
14. Article 2 of the Law of 13 June 2005, as amended by Article 2 of the Law of 20 July 2022, provides:
‘For the purposes of this law:
…
5/5° “fraud” means a dishonest act carried out with the intention of deceiving, in breach of the law, regulations or a contract, and of procuring for oneself or another person an unlawful advantage to the detriment of the operator or the end-user, by means of the use of an electronic communications service;
5/6° “malicious use of the network or service” means use of the electronic communications network or service for the purpose of harassing the addressee or causing damage;
…
11° “operator” means any person who has submitted a notification in accordance with Article 9;
…’
15. Article 122 of that law, as amended by Article 5 of the Law of 20 July 2022, provides:
‘ § 1. Operators shall delete traffic data relating to subscribers or end-users, or make such data anonymous, as soon as they are no longer needed for transmission of the communication.
…
§ 4. By way of derogation from paragraph 1, in order to be able to take the appropriate measures referred to in Article 121/8(1), to enable fraud or malicious use of the network or service to be established or its perpetrator or origin to be identified, and in so far as the operator processes or generates the data in connection with the provision of that network or service, the operator shall:
1° retain, in connection with the provision of an interpersonal communications service and for four months from the date of the communication, the traffic data necessary for those purposes from among the following traffic data:
– the identifier of the origin of the communication;
– the identifier of the destination of the communication;
– the precise dates and times of the start and end of the communication;
– the location of the terminal equipment of the parties to the communication at the start and end of the communication;
2° retain for 12 months from the date of communication the following traffic data relating to incoming communications in connection with the provision of interpersonal communications services for the purpose of identifying the originator of the communication:
– the telephone number from which the incoming communication originated, or;
– the IP address used to send the incoming communication, the time stamp and the port used, and;
– the precise dates and times of the start and end of the incoming communication;
3° retain the data referred to in point 1 relating to a specific identified case of fraud or identified instance of malicious use of the network for as long as is necessary for its analysis and resolution, where appropriate beyond the four-month period referred to in point 1;
4° retain the traffic data referred to in point 2 relating to a specific instance of malicious use of the network for as long as is necessary to deal with the latter, where appropriate beyond the 12-month period referred to in point 2;
5° process the traffic data necessary for those purposes, including, where necessary, the data referred to in paragraph 2.
By way of derogation from paragraph 1, in order to be able to take the appropriate measures referred to in Article 121/8(1), to enable fraud or malicious use of the network or service to be established, or its perpetrator or origin to be identified, the operator may retain and process data other than those referred to in the first subparagraph which are considered necessary for those purposes.
The King may, by decree deliberated in the Council of Ministers and after obtaining the opinion of the Institute and the Data Protection Authority, specify and extend the categories of traffic data whose retention must be regarded as necessary for the purposes laid down in this paragraph.
In the event of suspected fraud or suspected malicious use, operators may transmit to the competent authorities all data lawfully retained in connection with the suspected fraud or suspected malicious use.
§ 4/1. By way of derogation from paragraph 1, operators may retain and process traffic data which are necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications networks and services, and in particular for the detection and analysis of a potential or actual breach of that security, including identification of the origin of that breach.
Operators may retain such data for a period of 12 months from the date of the communication.
Operators may retain the data referred to in the first subparagraph relating to a specific breach of network security for the period necessary to deal with that breach, where appropriate beyond the 12-month period referred to in the second subparagraph.
In the event of a breach of the security of their electronic communications networks and services, operators may transmit to the competent authorities all data lawfully retained in relation to that security breach.
§ 4/2. By way of derogation from paragraph 1, operators shall retain and process the traffic data necessary to comply with an obligation imposed by a formal legislative provision, for the period required for that purpose.
§ 5. The data listed in this Article may be processed only by persons tasked by the operator to carry out billing or traffic management, handle subscribers’ requests for information, combat fraud or malicious use of the network, ensure network security, ensure compliance with its legal obligations, market its own electronic communications services or provide services that make use of traffic or location data, and by members of its Coordination Unit referred to in Article 127/3.
…’
16. Article 123 of that law, as amended by Article 6 of the Law of 20 July 2022, is worded as follows:
‘§ 1. Without prejudice to the application of [Regulation (EU) 2016/679 ( 8 )] and the Law of 30 July 2018, mobile network operators may retain and process location data other than traffic data relating to a subscriber or end-user only in the following cases:
1° where this is necessary for the proper functioning and security of the network or service, data being retained for a maximum of 12 months from the date of the communication, except in the event of a specific breach of network security requiring the retention of the data concerned to be extended beyond that period;
2° where this is necessary to detect or analyse fraud or malicious use of the network, data being retained for a maximum of four months from the date of communication, except in the event of a specific case of fraud or specific instance of malicious use requiring the retention of the data concerned to be extended beyond that period;
3° where the data have been made anonymous;
4° where the processing is part of the provision of a service which makes use of traffic or location data;
5° where the processing is necessary to comply with an obligation imposed by a formal legislative provision.
…
§ 4. The data referred to in this Article may be processed only by persons working under the authority of the operator or the third party providing the service that makes use of traffic or location data, or by the operator’s Coordination Unit referred to in Article 127/3.
Processing shall be limited to what is strictly necessary to be able to provide the service concerned with traffic or location data.
…’
III. The facts of the dispute in the main proceedings, the questions referred for a preliminary ruling and the procedure before the Court
17. The non-profit associations Académie Fiscale ASBL, Ordre des barreaux francophones et germanophone, the Liga voor Mensenrechten VZW, the Ligue des droits humains ASBL, the private foundation Ministry of Privacy, UA, LV and JU have brought before the Cour constitutionnelle (Constitutional Court) five actions seeking the annulment in whole or in part of the Law of 20 July 2022 on the ground that it infringes Articles 10, 11, 12, 13, 15, 22, 23 and 29 of the Belgian Constitution, read in conjunction with Articles 5, 6, 8, 9, 10, 11, 14 and 18 of the ECHR, Articles 7, 8, 11 and 47, and Article 52(1) of the Charter, Article 5(4) TEU, Article 6 of Directive 2002/58, Directive (EU) 2016/680 ( 9 ) and the GDPR.
18. That court considers that only the applicants’ complaints concerning Articles 5, 6 and 24 of the Law of 20 July 2022 give rise to doubts within the meaning of the case-law resulting from the judgments of 6 October 1982, Cilfit (283/81, EU:C:1982:335) and of 6 October 2021, Consorzio Italian Management and Catania Multiservizi (C‑561/19, EU:C:2021:799) as to the interpretation of Article 15 of Directive 2002/58.
19. First of all, as regards Article 5 of that law, the applicants in the main proceedings have, in essence, argued, inter alia, that that article imposes on providers of electronic communications services a general and indiscriminate obligation to retain traffic data and location data for long or indefinite periods, without such retention being necessary or limited to what is strictly necessary.
20. It was apparent from the travaux préparatoires that Article 5(4) and (5) of that law is intended, inter alia, to transpose Article 15(1) of Directive 2002/58. The Belgian legislature stated in those travaux préparatoires that it was not possible to provide for data retention that is ‘reactive and targeted from the outset’ on account of the very structure of the networks and services concerned. It was also considered that the system for the retention of traffic data provided for in Article 5(4) and (5) of the Law of 20 July 2022 is ‘in the interests of the end-users of the operator’s services’ and intended to enable victims of fraud or a malicious use of the network to identify the perpetrator thereof. Furthermore, in those travaux préparatoires , that data retention was described as being ‘intrinsically linked to the provision of electronic communications services’ and as enabling the modernisation of the Law of 13 June 2005 in the light of the increasing importance of the objective of combating fraud and malicious use of the network in EU law ( Doc. parl., Chambre , 2021-2022, DOC 55 2572/001, pp. 26 to 29).
21. In the view of the referring court, it is necessary to examine whether the interference with the fundamental rights to respect for private life and the protection of personal data, which Article 122(4) and Article 122(4/1) of that law, as incorporated by points 4 and 5 of Article 5 of the Law of 20 July 2022, entails, produces disproportionate effects on the persons whose data is concerned.
22. Article 122(4) of the Law of 13 June 2005 imposed an obligation on operators to retain various traffic data with a view to ‘taking the appropriate measures referred to in Article 121/8(1), to establish fraud or the malicious use of a network or service, or to identify the perpetrator and the origin thereof’, in so far as operators process such data ‘in connection with the provision of that network or service’. The traffic data to be retained were ‘the identifier of the origin of the communication’, ‘the identifier of the destination of the communication’, ‘the precise dates and times of the start and end of the communication’ and ‘the location of the terminal equipment of the parties to the communication at the start and end of the communication’ (paragraph 1 of point 1 of Article 122(4)). It was also provided that those operators were to retain several items of traffic data relating to incoming communications for the purposes of identifying the originator of the communication, that is to say ‘the telephone number from which the incoming communication originated’, ‘the IP address used to send the incoming communication, the time stamp and the port used’, and ‘the precise dates and times of the start and end of the incoming communication’ (paragraph 1 of point 2 of Article 122(4)).
23. However, the list of data set out in the first subparagraph of Article 122(4) of that law was not exhaustive since the second subparagraph of that provision allowed operators to retain and process data other than those referred to in the first subparagraph of that provision, which are considered necessary for the purpose of establishing fraud or malicious use of the network or service or identifying its perpetrator and origin. That option for operators to retain and process data other than those referred to in the first subparagraph of Article 122(4) was not subject to a prior opinion of the Institute or the Data Protection Authority or to notification to those authorities. The travaux préparatoires for that provision did not provide any justification for that option.
24. Next, the third subparagraph of Article 122(4) of that law provided that ‘the King may, by decree deliberated in the Council of Ministers and after obtaining the opinion of the [Institute] and the Data Protection Authority, specify and extend the categories of traffic data whose retention must be regarded as necessary for the purposes laid down in this paragraph’. The travaux préparatoires justified that power by the fact that fraud evolves significantly over time and that the data retained may differ according to the type of electronic communications service, the size of the operator, the tools available to it and the users of the service.
25. As regards the retention periods, the data referred to in point 1 of the first subparagraph of Article 122(4) of the Law of 13 June 2005 were in principle retained for four months, whilst the data referred to in point 2 of the first subparagraph of Article 122(4) of that law were in principle retained for 12. Those retention periods could be extended. In that regard, point 3 of the first subparagraph of Article 122(4) of that law provided that the data referred to in point 1 of that provision which related to specific fraud or specific malicious use of the network could be retained ‘for as long as is necessary for its analysis and resolution, where appropriate beyond the four-month period referred to in point 1’. In addition, point 4 of Article 122(4) of that law states that the data referred to in point 2 of that provision relating to a specific instance of malicious use of the network may be retained ‘for as long as is necessary to deal with the latter, where appropriate beyond the 12-month period referred to in point 2’.
26. Article 122(4/1) of the Law of 13 June 2005 provides that operators may retain and process data ‘necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications services, and in particular for the detection and analysis of a potential or actual breach of that security, including identifying the origin of that breach’. That option for operators is likewise not subject to a prior opinion from the Institute or the Data Protection Authority or notification to those authorities. The data referred to could thus be retained in principle for a basic period of 12 months under the third subparagraph of Article 122(4/1). However, data relating to a ‘specific’ breach of network security could be retained ‘for the period necessary to deal with that breach, where appropriate beyond the 12-month period referred to in the second subparagraph’.
27. The referring court concludes that Article 122(4) of that law provides for the general and systematic retention of the traffic data to which it refers and that the obligation to retain data constitutes the rule rather than the exception. That finding applies all the more since, under the fourth subparagraph of Article 122(4) of that law, traffic data retained by operators connected with suspected fraud or suspected malicious use may be transferred to the competent authorities, in particular to the judicial authorities, the police services and the senior law-enforcement officers of the Institute, so that the retention and processing of data by operators on the basis of Article 122(4) of the Law of 13 June 2005 may give rise to criminal proceedings.
28. As regards Article 122(4/1) of that law, the referring court observes that that provision does not specify which data may be retained. Moreover, data relating to a ‘specific breach’ of network security may be retained ‘beyond the 12-month period referred to in the second subparagraph’ and neither the wording of Article 122(4/1) of that law nor the travaux préparatoires for the Law of 20 July 2022 specify what constitutes a specific breach.
29. The referring court observes that the Court has not yet ruled on the interpretation of Article 15 of Directive 2002/58 where measures for the retention of electronic communications data in order to ensure the prevention, investigation, detection and prosecution of unauthorised uses of the electronic communications system are at issue. In addition, the parties’ views on the interpretation of Article 15(1) of that directive, which have been presented before it, differ.
30. Next, as regards Article 6 of the Law of 20 July 2022, the referring court notes that the applicants’ complaints concerned the retention of location data, other than traffic data, which come within the scope of Article 15(1) of that directive and which are referred to in points 1, 2 and 5 of Article 123(1) of the Law of 13 June 2005, as replaced by Article 6 of the Law of 20 July 2022.
31. Article 123(1) of the Law of 13 June 2005 provides that the operators concerned may retain and process those location data relating to a subscriber or end user only ‘where this is necessary for the proper functioning and security of the network or service’ (point 1 of Article 123(1)) and ‘where this is necessary to detect or analyse fraud or malicious use of the network’ (point 2 of Article 123(1)). The data referred to in point 1 of Article 123(1) of that law were in principle to be retained for 12 months from the date of the communication, whilst those referred to in point 2 of Article 123(1) of that law were in principle to be retained for four.
32. The situations referred to in points 1 and 2 of Article 123(1) of that law sought to ensure the prevention, investigation, detection and prosecution of unauthorised uses of the electronic communications system within the meaning of Article 15(1) of Directive 2002/58.
33. It is for the referring court to ascertain whether the interference with the fundamental rights of respect for private life and the protection of personal data, which those provisions entail, is necessary, reasonable and proportionate within a democratic society in order to prevent unauthorised use of the electronic communications system. In that regard, the referring court notes that it is for the operators to identify the location data other than traffic data which they consider necessary to retain and process. Those operators also assessed, in each case, the need for such retention and processing. Furthermore, it was provided that the 12-month period may be extended ‘in the event of a specific breach of network security requiring the retention of the data concerned beyond that period’ and that the four-month period referred to above may be extended ‘in the event of a specific case of fraud or specific instance of malicious use requiring the retention of the data concerned beyond that period’. Lastly, it was for those operators to decide whether or not the retention period should be extended.
34. For the same reasons as those at issue in relation to Article 5 of the Law of 20 July 2022, Article 6 of that law raised doubts as to the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58.
35. As regards, lastly, Article 24 of that law, the referring court notes that that provision inserts, in the Law of 17 January 2003, Article 25/1 governing access by a senior law-enforcement officer of the Institute to metadata. The applicant’s complaints seeking the annulment of Article 24 were based on the infringement of the fundamental rights to respect for private life and the protection of personal data, guaranteed by Article 22 of the Belgian Constitution, Article 8 of the ECHR, Articles 7 and 8 and Article 52(1) of the Charter, Directive 2002/58, Directive 2016/680 and the GDPR. Since Article 24 of the Law of 20 July 2022 refers to Articles 5 and 6 of that law in respect of which it was necessary to refer questions to the Court for a preliminary ruling, the national court considers that it is appropriate to stay the proceedings on the examination of the complaints relating to Article 24, pending the Court’s answer to those questions.
36. It is in those circumstances that the Cour constitutionnelle (Constitutional Court) decided to stay the proceedings and to refer the following questions to the Court of Justice for a preliminary ruling:
‘(1) Must Article 15(1) of [Directive 2002/58], read in conjunction with Articles 7 and 8 and Article 52(1) of the [Charter], be interpreted as:
(a) precluding national legislation which lays down an obligation for operators of electronic communications services to retain and process the traffic data referred to in that legislation in the context of the provision of that network or service for a period of 4 or 12 months, as the case may be, for the purposes of taking appropriate, proportionate, preventive and remedial measures in order to prevent fraud and misuse of their networks and to prevent end users suffering harm or inconvenience, as well as to establish fraud or malicious use of the network or service or enable the perpetrators or origin thereof to be identified;
(b) precluding national legislation which allows those operators to retain and process the traffic data concerned beyond the abovementioned time limits, in the case of identified specific fraud or identified specific malicious use of the network, for the time required for its analysis and resolution or the time necessary to process that malicious use;
(c) precluding national legislation which, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, allows those operators to retain and process data other than those referred to in the law, with a view to making it possible to establish fraud or malicious use of the network or service, or to identify its perpetrator and origin;
(d) precluding national legislation which, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, allows those operators to retain and process for a period of 12 months the traffic data which they consider necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications networks and services, and in particular for the detection and analysis of a potential or actual breach of that security, including identifying the origin of that breach and, in the event of a specific breach of network security, for the period necessary to process it?
(2) Must Article 15(1) of [Directive 2002/58], read in conjunction with Articles 7 and 8 and Article 52(1) of the [Charter], be interpreted as:
(a) precluding national legislation which allows mobile network operators to retain and process location data, without the legislation describing precisely which data are covered, in the context of the provision of that network or service, for a period of 4 or 12 months, as the case may be, where necessary for the proper functioning and security of the network or service, or to detect or analyse fraud or malicious use of the network;
(b) precluding national legislation which allows those operators to retain and process location data beyond the abovementioned time limits, in the event of a specific breach and in the case of specific fraud or specific malicious use?
(3) If, on the basis of the answers to the first or the second question, the [Cour constitutionnelle (Constitutional Court)] should conclude that certain provisions of the [Law of 20 July 2022] infringe one or more of the obligations arising from the provisions referred to in those questions, may it maintain on a temporary basis the effects of the abovementioned provisions of the Law of 20 July 2022 in order to avoid legal uncertainty and to enable the data previously collected and retained to continue to be used for the objectives pursued by the law?’
37. Written observations were submitted by the Ligue des droits humains, the Belgian, Estonian, Irish, Spanish and Finnish Governments and the European Commission. Those parties, as well as the Académie Fiscale and the Italian Government, presented oral argument at the hearing on 14 April 2026.
IV. Analysis
A. Preliminary remarks
38. The compatibility of national regimes for the retention of and access to traffic and location data with Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7 and 8 of the Charter, has been examined by the Court on many occasions.
39. Nevertheless, the Court continues to receive regular requests for guidance in that regard. The continuing stream of references for preliminary rulings concerning the interpretation of those provisions can undoubtedly be explained by the highly fact-specific nature of the questions put to the Court in this area. It cannot be overlooked that this case-law has recently undergone substantial developments, as the Court has, for the first time, been called upon to consider the retention of and access to traffic data in relation to the detection and prosecution of offences committed exclusively online. It therefore seems appropriate to provide a brief overview of that case-law, in particular its most recent developments (section B).
40. However, these continued references may also be a sign of the difficulties that national courts may encounter in their day-to-day practice in applying the Court’s case-law, particularly where they are called upon to assess the compatibility with EU law of national law on the retention of and access to traffic and location data. It seems to me that the Court’s relevant case-law may, on account of its case-by-case development, appear complex or even, in some respects, difficult to understand (section C).
41. I will therefore attempt to provide a systematic overview of the Court’s case-law on the retention of traffic and location data (section D), before examining, in the light of those principles, the questions referred to the Court for a preliminary ruling in the present case (section E).
B. Case-law on the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58 in relation to regimes for the retention of traffic and location data
1. The exception provided for in Article 15 (1) of Directive 2002/58
42. Directive 2002/58 sets out a number of principles surrounding the retention and processing, by providers of electronic communications services, of traffic and location data.
43. First of all, Article 5(1) of that directive lays down the principle of confidentiality of both electronic communications and related traffic data and entails, inter alia, a prohibition, in principle, on any person other than users from storing, without his or her consent, those communications and data. ( 10 )
44. Next, Article 6(1) of that directive provides that traffic data relating to subscribers and users must be erased and made anonymous when they are no longer necessary for the transmission of a communication. ( 11 )
45. Lastly, Article 9 of that directive provides that location data other than traffic data may be processed only subject to certain conditions and after they have been made anonymous or the consent of the users or subscribers obtained. ( 12 )
46. Thus, in adopting Directive 2002/58, the EU legislature gave concrete expression to the rights enshrined in Articles 7 and 8 of the Charter, so that the users of electronic communications services are entitled to expect, in principle, that their communications and data relating thereto will remain anonymous and may not be recorded, unless they have agreed otherwise. Therefore, that directive does not merely create a framework for access to such data through safeguards to prevent abuse, but also enshrines, in particular, the principle of the prohibition of their storage by third parties. ( 13 )
47. Article 15(1) of that directive specifically allows Member States to adopt legislative measures that ‘restrict the scope’ of the rights and obligations laid down, inter alia, in Articles 5, 6 and 9 of that directive, such as those arising from the principles of confidentiality of communications and the prohibition on storing related data.
48. That provision also sets out a list of objectives capable of justifying a restriction of the rights and obligations provided for, inter alia, in Articles 5, 6 and 9 of Directive 2002/58. Those objectives are the safeguarding of national security, defence and public security or the prevention, investigation, detection and prosecution of criminal offences or of unauthorised use of the electronic communications system, The Court has previously held that the list of objectives set out in the first sentence of Article 15(1) of that directive is exhaustive, as a result of which a legislative measure adopted under that provision must correspond, genuinely and strictly, to one of those objectives. ( 14 )
49. Article 15(1) of that directive is therefore an exception to the general rule laid down in those provisions and must therefore, in accordance with settled case-law, be interpreted strictly. ( 15 )
50. Consequently, Article 15(1) of that directive also reflects the fact that the rights enshrined in Articles 7, 8 and 11 of the Charter are not absolute rights, but must be considered in relation to their function in society. Indeed, as can be seen from Article 52(1) of the Charter, that provision allows limitations to be placed on the exercise of those rights, so long as those limitations are provided for by law, respect the essence of those rights and, in compliance with the principle of proportionality, are necessary and genuinely meet objectives of general interest recognised by the European Union or the need to protect the rights and freedoms of others. Thus, in order to interpret Article 15(1) of Directive 2002/58 in the light of the Charter, account must also be taken of the importance of the objectives of protecting national security and combating serious crime in contributing to the protection of the rights and freedoms of others and of the importance of the rights enshrined in Articles 3, 4, 6 and 7 of the Charter, which may give rise to positive obligations for public authorities. ( 16 )
51. The Court has thus consistently held that, against the backdrop of those various positive obligations, a balance is to be struck between the different legitimate interests and rights at issue. In that context, it is clear from the very wording of the first sentence of Article 15(1) of Directive 2002/58 that the Member States may adopt a measure derogating from the principle of confidentiality where such a measure is ‘necessary, appropriate and proportionate within a democratic society’. Recital 11 of that directive specifies, in that respect, that a measure of that nature must be ‘strictly’ proportionate to the intended purpose. ( 17 )
2. Proportionality as a central element of the analysis of a data retention regime in the light of Article 15 (1) of Directive 2002/58
52. As I stated in my second Opinion in La Quadrature du Net and Others (Personal data and action to combat counterfeiting) , the principle of proportionality therefore lies at the heart of the analysis of a national measure for the retention of traffic and location data in the light of Article 15(1) of Directive 2002/58, and has two aspects. ( 18 )
53. First, the Court has held that, in order to satisfy the requirement of proportionality, the legislation must lay down clear and precise rules governing the scope and application of the measure in question and imposing minimum safeguards, so that the persons whose personal data is affected have sufficient guarantees that data will be effectively protected against the risk of abuse. That legislation must be legally binding under domestic law and, in particular, must indicate in what circumstances and under which conditions a measure providing for the processing of such data may be adopted, thereby ensuring that the interference is limited to what is strictly necessary. ( 19 ) In other words, it is necessary to ensure that the regime in question satisfies a number of conditions intended to limit the extent of the interference that it involves.
54. Second, it is settled case-law that the question whether the Member States may justify a limitation on the rights and obligations laid down, inter alia, in Articles 5, 6 and 9 of Directive 2002/58 must be assessed by measuring the seriousness of the interference entailed by that limitation and by verifying that the importance of the public interest objective pursued by that limitation is proportionate to that seriousness. ( 20 ) Simply put, the issue is one of ensuring that the importance of the objectives pursued corresponds to the level of seriousness of the interference that the traffic and localisation data regime entails. According to the Court, there is a hierarchy amongst those objectives according to their respective importance ( 21 ) and safeguarding national security is capable of justifying more significant interference with fundamental rights, whereas combating crime in general can only form the basis for less serious interference.
55. It is on the basis of those principles that the Court has held, inter alia, that a national measure providing for the general and indiscriminate retention of traffic and location data may be justified only by the objective of safeguarding national security, ( 22 ) whereas such a measure cannot be justified by the objective of combating crime in general. ( 23 )
56. In that same vein, the Court accepts the possibility of targeted retention of those data, particularly on the basis of a geographical criterion, for the purposes of pursuing the objective of combating serious crime, ( 24 ) and retention of the IP addresses assigned to the source of a connection in pursuit of that objective. ( 25 )
57. By contrast, as regards data relating to the users’ identity, given that their retention involves a lesser degree of interference with fundamental rights, they can be retained for the purpose of combating crime in general. ( 26 )
58. That approach is also the approach followed by the ECtHR. When examining whether a national measure providing for the retention of certain traffic and location data constitutes an infringement of Article 8 ECHR, the ECtHR makes the proportionality of that measure the central element of its analysis. Thus, in view of the seriousness of the interference under consideration with the applicants’ exercise of their rights coming within the scope of Article 8 ECHR, ( 27 ) it holds that national legislation providing for the general and indiscriminate retention of communications data infringes that article since it is insufficient to limit to what is necessary in a democratic society the interference which it entails with the right to respect for private life. ( 28 )
3. The recent adaptation of the case-law on the interpretation of Article 15 (1) of Directive 2002/58 with regard to crime committed exclusively online
59. More recently, the Court has clarified the assessment of the proportionality of a measure for the retention of certain traffic and location data, where that measure is intended to detect and prosecute offences committed exclusively online. ( 29 ) In doing so, the Court has adjusted its interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58 in two respects.
60. In the first place, the Court has refined its examination of the seriousness of the interference which a measure for the retention of certain traffic and location data entails – in the present case, IP addresses assigned to the source of a connection. Thus, the Court has held that a measure, under Article 15(1) of Directive 2002/58, permitting the general and indiscriminate retention of IP addresses may, where appropriate, be justified by the objective of combating criminal offences in general, ( 30 ) where it is genuinely ruled out that that retention could give rise to serious interference with the private life of the person concerned due to the possibility of drawing precise conclusions about that person by, inter alia, linking those IP addresses with a set of traffic or location data which have also been retained by those providers. ( 31 )
61. The Court has further specified that a Member State which intends to impose such an obligation on providers of electronic communications services must ensure that the arrangements for retaining those data are such as to guarantee that any combination of those IP addresses with other retained data, which would allow precise conclusions to be drawn about the private lives of the persons whose data is retained, is ruled out. ( 32 ) Accordingly, it is for that Member State to establish data retention arrangements which must relate to the very manner in which the retention is structured; in essence, that retention must be organised in such a way as to guarantee a genuinely watertight separation of the different categories of data retained. ( 33 )
62. The judgment in La Quadrature du Net II thus develops the previous case-law on the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58. Not only is it clearly stated that the seriousness of the interference depends on the conclusions that can be drawn regarding the private lives of the individuals whose data is retained, the Court also accepts that Member States have the possibility, by establishing specific arrangements for the retention of the data in question, of influencing the degree of seriousness of the interference. ( 34 )
63. In the second place, the Court recalls that, as regards offences committed online, accessing certain data, including the IP address from which a connection originates, may be the only means of investigation enabling the person to whom that address was assigned at the time when the offence in question was committed to be effectively identified. ( 35 )
64. According to the Court, that alone tends to show that the retention of the relevant data is – as regards combating criminal offences committed online – strictly necessary for the attainment of the objective pursued and therefore meets the requirement of proportionality imposed by Article 15(1) of Directive 2002/58. ( 36 ) Not allowing the retention of (and subsequent access to) such data carries a risk of systemic impunity for criminal offences committed online which cannot be ignored for the purposes of assessing, when balancing the various rights and interests in question, whether an interference with the rights guaranteed by Articles 7, 8 and 11 of the Charter is a proportionate measure in the light of the objective of combating criminal offences. ( 37 )
65. As a result, the judgment in Quadrature du Net II seems to me to lead to a certain relaxation of the Court’s case-law on Article 15(1) of Directive 2002/58 or, at the very least, to a pragmatic application of its principles.
66. However, a reading of the directive as a whole reveals, in my view, certain limits.
C. The pitfalls of the case-law on the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58 as regards regimes for the retention of traffic and location data
67. The coexistence of a more flexible line of case-law, as regards the retention of data necessary for combating criminal offences committed online under Article 15(1) of Directive 2002/58, and the Court’s established case-law on the interpretation of that provision, seems to me to have two limits.
68. In the first place, and from a practical point of view, I note that a combined reading of the judgments in Quadrature du Net II and previous judgments has the effect of requiring providers of electronic communications services to maintain multiple sets of retained data, each having to meet different technical characteristics, depending on the objective pursued by the retention.
69. Although such an issue might already have arisen prior to the judgment in La Quadrature du Net II on account of the different data retention regimes according to the objective pursued, it appears to have become even more pronounced.
70. The Court’s case-law now requires Member States, when they impose, for the pursuit of an objective of lesser importance than the defence of national security, the retention of traffic and location data which in principle allow precise conclusions to be drawn about private lives of users, to establish retention arrangements which ensure that the various categories of data are kept entirely separate. ( 38 )
71. According to the Court’s case-law, those retention arrangements must ensure that, from a technical point of view, the separation of the various categories of data retained is genuinely watertight, by means of a secure and reliable computer system . ( 39 ) In addition, the various data thus retained must be linked through the use of an effective technical process which does not undermine the effectiveness of the watertight separation of those categories of data. ( 40 ) Furthermore, the reliability of that watertight separation must be subject to regular review by a public authority other than that which seeks to obtain access to the personal data retained by the providers of electronic communications services. ( 41 )
72. Thus, the retention of traffic and location data necessary for the detection and prosecution of offences committed exclusively online requires, in order to be carried out in accordance with Article 15(1) of Directive 2002/58, a number of technical adjustments on the part of providers of electronic communications services.
73. However, no such requirement exists in respect of traffic and location data retained for the purpose of addressing a serious threat to national security. In such a situation, those data may be retained in a single dataset, thereby facilitating cross-referencing between them, without that calling into question the compatibility of such a mechanism with Article 15(1) of that directive.
74. It follows that the requirements arising from the Court’s case-law on the interpretation of that provision appear to me to lead to a proliferation of separate datasets for the retention of traffic and location data, which must, moreover, meet different requirements.
75. In my view, such a solution carries a not insignificant risk to the security of the traffic and location data to be retained in a dataset ensuring their watertight separation so that no precise conclusions can be drawn about users’ lives. As the same data are subject to two different retention methods, it cannot be ruled out that the less secure dataset might be used – at the very least inadvertently – to obtain data unconnected to a serious threat to national security.
76. In addition, as the Ligue des droits humains pointed out at the hearing, it seems to me that the proliferation of datasets for the retention of identical data also carries the risk that the Court’s most recent case-law will not be effectively implemented. In so far as all traffic and location data are already collected in a single file for the purposes of safeguarding national security, there is an appreciable likelihood that providers of electronic communications services will ultimately refrain from structuring the data at all where they are retained in pursuit of the other objectives set out in Article 15(1) of Directive 2002/58.
77. In the second place, a reading of the Court’s case-law on the interpretation of Article 15(1) of Directive 2002/58 as a whole leads me to question the very logic of that provision.
78. It is clear from that case-law that the seriousness of the interference that the retention of traffic and location data involves relates to the conclusions that can be drawn from those data as to the private lives of users. Moreover, the Court accepts that the interference may be limited by technical measures specifically intended to ensure that such conclusions cannot be drawn.
79. It follows, in my view, from those considerations – which lie at the heart of the proportionality test set out in Article 15(1) of Directive 2002/58 – that determining the level of interference with fundamental rights essentially depends on the subsequent use that may be made of the data in question.
80. It is true that the Court has consistently held that the retention of traffic and location data constitutes an interference with fundamental rights, irrespective of whether the information in question relating to private life is sensitive or whether the persons concerned have been inconvenienced in any way on account of that interference. ( 42 ) Similarly, whether or not the retained data have been used subsequently is irrelevant, since access to such data is a separate interference with the fundamental rights, irrespective of the subsequent use made of them. ( 43 )
81. Therefore, the issue here is not one of disputing the idea that the mere retention of traffic and location data constitutes, in itself, an interference with fundamental rights.
82. However, it seems to me that that interference results primarily from the fact that those data are capable of being used in such a way as to enable conclusions to be drawn about users’ private lives. As the Court has also made clear, data are retained only for the purpose, when necessary, of making those data accessible to the competent national authorities. ( 44 ) Where there is no retention of traffic and location data, the question of the interference which accessing such data entails does not arise. ( 45 )
83. Simply put, in my view the retention of traffic and location data constitutes an interference with fundamental rights because it constitutes the requirement for subsequent access to them, irrespective of whether or not such access actually takes place.
84. As a result, I am of the view, like the Commission, that a regime providing for the general and indiscriminate retention of traffic and location data should not, as a matter of principle, be ruled out merely because it does not pursue the objective of safeguarding national security. In so far as such a regime remains subject to arrangements governing the structuring of the retention of those data, such as those developed by the Court in the judgment in La Quadrature du Net II , and to strict temporal limits, it seems to me that the resulting interference with fundamental rights remains proportionate.
85. That is all the more so since the Court’s case-law, even before the judgment in La Quadrature du Net II , seems to me to lay the foundations for such a solution. By accepting the possibility of data retention on the basis of a geographical criterion, for reasons other than those relating to the safeguarding of national security, ( 46 ) the Court implicitly recognises that general and indiscriminate data retention may, subject to certain conditions, be permitted under Article 15(1) of Directive 2002/58.
86. On the other hand, the acknowledgement that such a traffic and location data retention regime is compatible with Article 15(1) of that directive must necessarily go hand-in-hand with a significant strengthening of the conditions governing access to such data, in particular where such access is requested in the pursuit of objectives of lesser importance within the hierarchy of that provision.
87. In particular, and broadly speaking, access to data thus retained should be refused where it is justified by an objective under Article 15(1) of that directive of lesser importance, even where the resulting interference with fundamental rights is of a serious nature. In other words, the requirement that the seriousness of the interference with fundamental rights corresponds to the importance of the objective pursued does not disappear, but is focused on the stage of assessing the interference with fundamental rights resulting from such access.
88. In my view, such an approach would, first of all, help to mitigate the risk of systemic impunity for offences committed exclusively online or the commission or preparation of which is facilitated by the specific characteristics of the internet. It would ensure that the data required to prosecute such offences exist, even as the development and growing importance of the internet lead at the same time to a rise in cybercrime. ( 47 )
89. Next, when combined with strengthened conditions for access to the relevant data, that approach would at the same time ensure that the interference with fundamental rights entailed by such retention is limited.
90. Lastly, by avoiding the proliferation of different techniques for retaining such data, that approach also makes it possible to prevent the Court’s case-law from being circumvented in the Member States – whether inadvertently or otherwise – through access, on grounds unrelated to the safeguarding of national security, to data retained in a general, unstructured dataset in pursuit of that objective, or through the failure of electronic communications service providers to implement it effectively.
91. I therefore take the view that it is possible, and indeed desirable, to extend the solution developed by the Court in the judgment in La Quadrature du Net II to all traffic and location data retention regimes adopted on the basis of Article 15(1) of Directive 2002/58. ( 48 )
D. A proposal for systematisation
92. Article 15(1) of Directive 2002/58 should thus be interpreted as not precluding national legislation which, for the pursuit of the objectives set out in that provision, provides for the general and indiscriminate retention of traffic and location data, provided that, under that legislation, those data are retained in conditions and in accordance with technical arrangements which ensure that the possibility that that retention might allow precise conclusions to be drawn about the private life of users is ruled out, which may be accomplished, in particular, by imposing on providers of electronic communications services an obligation to retain the various categories of personal data in such a way as to ensure a genuinely watertight separation of those different categories of data, thereby preventing, at the retention stage, any combined use of those different categories of data – and for a period not exceeding what is strictly necessary.
93. Such legislation must also lay down clear and precise rules governing the scope and application of the measure in question and imposing minimum safeguards, so that the persons whose personal data are affected have sufficient guarantees that those data will be effectively protected against the risk of abuse. That legislation must be legally binding under domestic law and, in particular, must indicate in what circumstances and under which conditions a measure providing for the processing of such data may be adopted, thereby ensuring that the interference is limited to what is strictly necessary.
94. It is on the basis of those principles that I shall analyse the questions referred for a preliminary ruling.
E. Answers to the questions referred
1. The first question referred
95. By its first question, the referring court asks, in essence, whether Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7 and 8, and Article 52(1) of the Charter, precludes legislation which:
– lays down an obligation for providers of electronic communications services to retain and process the traffic data referred to in that legislation for a period of 4 or 1 2 months, as the case may be, in order to enable those providers to take appropriate, proportionate, preventive and remedial measures to prevent fraud and misuse of their networks and to prevent end users suffering harm or inconvenience, as well as to establish fraud or malicious use of the network or service or enable the perpetrators or origin thereof to be identified;
– allows providers of electronic communications services to retain and process the traffic data concerned beyond the abovementioned time limits, in the case of an identified specific instance of fraud or malicious use of the network, for the time required for its analysis and resolution or the time necessary to process that malicious use;
– allows providers of electronic communications services, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, to retain and process data other than those referred to in that directive, with a view to making it possible to establish fraud or malicious use of the network or service, or to identify its perpetrator and origin;
– allows providers of electronic communications services, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, to retain and process for a period of 12 months the traffic data which they consider necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications networks and services, and in particular for the detection and analysis of a potential or actual breach of that security, including identifying the origin of that breach and, in the event of a specific breach of that security, to retain those data for the period necessary to process that breach.
96. The first question therefore concerns Article 122(4) and (4/1) of the Law of 13 June 2005. That provision sets out both an obligation and an option requiring providers of electronic communications services to retain certain traffic and location data for the purpose of detecting or identifying the perpetrator of fraud or malicious use of the network or service.
97. The Belgian Government argues that such legislation is justified by the objective set out in Article 15(1) of Directive 2002/58, namely the prevention, investigation, detection and prosecution of unauthorised uses of the electronic communications system, and that, furthermore, it is strictly proportionate to that objective.
98. This does not appear to me to be the case.
99. I would begin by noting that the data covered by Article 122(4) and (4/1) of the Law of 13 June 2005 constitute a particularly broad range of data. That provision covers: the identifiers of the origin and destination of the communication, the precise dates and times of the start and end of the communication, the location of the terminal equipment of the parties to the communication, the telephone number from which the incoming communication originated, the IP address at the source of the incoming communication, the time stamp and the port used, the precise dates and times of the incoming communication, and all the data necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications services. As a result, the data which providers of electronic communications services retain make it possible to trace and identify the source of a communication and its destination, and to determine the date, time, duration of the communication and the location of the users. ( 49 ) There is therefore no doubt that those data allow precise conclusions to be drawn about the private life of users.
100. Although, according to my interpretation of the Court’s case-law on Article 15(1) of Directive 2002/58, the existence of such an interference with fundamental rights may nevertheless be justified on the basis of that provision, that is only on condition that the legislation at issue imposes, in respect of the retention of that set of data, a precise method of retention in such a way as to limit the interference resulting from the retention of that set of data.
101. However, it is in no way apparent from the national legislation that the data at issue are retained in conditions and in accordance with technical arrangements which ensure that that can be ruled out. It does not in any way impose arrangements for the retention of those data in such a way as to ensure a genuinely watertight separation of the different categories of data, thereby preventing, at the retention stage, any combined use of those different categories of data.
102. Therefore, the interference which the retention of the data referred to in Article 122(4) and (4/1) of the Law of 13 June 2005 involves is not, in my view, proportionate to the objective pursued.
103. In any event, I note that the legislation at issue in the main proceedings is, in my view, characterised by considerable uncertainty both as regards the data actually retained by providers of electronic communications services and the duration of such retention.
104. First, I note that, in addition to the data expressly listed, Article 122(4/1) of the Law of 13 June 2005 allows providers of electronic communications services to retain ‘the traffic data necessary to ensure the security and proper functioning of their networks’ and that it also provides that the data expressly listed may be supplemented by a decree of the King.
105. Second, Article 122(4) and (4/1) of that law authorises providers of electronic communications services to retain the data at issue for the period necessary to deal with an identified instance of fraud or malicious use of the network, beyond the period expressly provided for by the legislature.
106. Consequently, it is ultimately left to the providers of electronic communications services to decide whether to retain data and to determine the extent of the data concerned and the period of retention.
107. Therefore, in the absence of clear and precise rules on both to the extent of the data retained and the duration of their retention, thus leaving open the possibility of unlimited retention solely at the initiative of providers of electronic communications service, the national legislation at issue in the main proceedings cannot be considered to be proportionate to the objective pursued.
108. Similarly, such legislation appears to me to be clearly contrary to the requirement that any limitation on the exercise of fundamental rights must be provided for by law, which implies that the legal basis which permits interference with those rights must itself define the scope of the limitation on the exercise of the right concerned. ( 50 )
109. Therefore, I am of the view that Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7 and 8 and Article 52(1) of the Charter, must be interpreted as precluding national legislation such as that referred to by the referring court in its first question.
2. The second question referred
110. By its second question, the referring court asks, in essence, whether Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7 and 8 and Article 52(1) of the Charter, precludes legislation which:
– allows providers of electronic communication s services to retain and process location data, without the legislation describing precisely which data are covered, in the context of the provision of a network or service, for a period of 4 or 12 months, as the case may be, where necessary for the proper functioning and security of that network or service, or to detect or analyse fraud or malicious use of the network;
– allows providers of electronic communications services to retain and process location data beyond the abovementioned time limits, in the event of a specific breach or instance of fraud or malicious use.
111. The second question therefore concerns Article 123 of the Law of 13 June 2005, which sets out the obligation on providers of electronic communications services to retain location data for a period of 4 or 12 months, as the case may be, and the option of extending those retention periods.
112. That question relates to the retention of location data other than traffic data. In that regard, I would point out, as is stated in recital 35 of Directive 2002/58, that location data giving the geographic position of the terminal equipment of the mobile user constitutes traffic data covered by Article 6 of that directive where they are processed to enable the transmission of communications. However, in addition, digital mobile networks may have the capacity to process location data which are more precise than is necessary for the transmission of communications and which are used for the provision of value added services such as services providing individualised traffic information and guidance to drivers. This type of data comes within the scope of Article 9 of that directive, which provides that such data may only be processed anonymously or with the consent of users or subscribers. ( 51 )
113. In so far as the national legislation at issue in the main proceedings limits the scope of the rights and obligations laid down in that provision, it must comply with the requirements laid down in Article 15(1) of that directive, as interpreted by the case-law of the Court.
114. I note that the legislation which is the subject of the second question referred displays, in my view, the same characteristics as that referred to in the first question and which led me to consider it contrary to Article 15(1) of Directive 2002/58.
115. First, it does not lay down any requirement to structure data and, second, it lacks precision as regards both the data retained and the period of their retention since those two elements are left to the discretion of providers of electronic communications services.
116. Therefore, for the same reasons as those identified in my answer to the first question, ( 52 )Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7, 8 and Article 52(1) of the Charter, must be interpreted as precluding national legislation such as that referred to by the referring court in its second question.
3. The third question referred
117. By its third question, the referring court asks, in essence, whether, if the first two questions are answered in the affirmative, it may maintain on a temporary basis the effects of the provisions of the Law of 20 July 2022 that are incompatible with EU law, in order to avoid a situation of legal uncertainty and to enable data previously collected and retained to continue to be used for the objectives pursued by that law.
118. In that regard, I would point out that the Court has answered in the negative a similar question, specifically in the case which gave rise to the judgment in La Quadrature du Net I . ( 53 ) In my view, it is not possible to reach any other conclusion.
119. Thus, it has recalled that the principle of the primacy of EU law establishes the pre-eminence of EU law over the law of the Member States and therefore requires all Member State bodies to give full effect to the various EU provisions, and the law of the Member States may not undermine the effect accorded to those various provisions in the territory of those States. ( 54 ) In the light of the primacy principle, where it is unable to interpret national law in compliance with the requirements of EU law, the national court which is called upon within the exercise of its jurisdiction to apply provisions of EU law is under a duty to give full effect to those provisions, if necessary refusing of its own motion to apply any conflicting provision of national legislation, even if adopted subsequently, and it is not necessary for that court to request or await the prior setting aside of such provision by legislative or other constitutional means. ( 55 )
120. Only the Court may, in exceptional cases, on the basis of overriding considerations of legal certainty, allow the temporary suspension of the ousting effect of a rule of EU law with respect to national law that is contrary thereto. Such a restriction on the temporal effects of the interpretation of that law, made by the Court, may be granted only in the actual judgment ruling upon that interpretation. The primacy and uniform application of EU law would be undermined if national courts had the power to give provisions of national law primacy in relation to EU law contravened by those provisions, even temporarily. ( 56 )
121. In addition, according to settled case-law, the interpretation that the Court gives to a rule of EU law, in the exercise of the jurisdiction conferred upon it by Article 267 TFEU, clarifies and defines the meaning and scope of that rule as it must be, or ought to have been, understood and applied from the time of its coming into force. It follows that the rule as thus interpreted may and must be applied by the courts to legal relationships arising and established before the judgment ruling on the request for interpretation, provided that in other respects the conditions for bringing an action relating to the application of that rule before the courts having jurisdiction are satisfied. ( 57 )
122. In that regard, it should also be stated that a temporal limitation of the effects of the interpretation given was not imposed in the judgments in Tele2 Sverige and Watson and Others , ( 58 ) in La Quadrature du Net I , or in Commissioner of An Garda Síochána and Others , ( 59 ) with the result that it cannot be imposed in a judgment of the Court subsequent to them.
123. In those circumstances, I am of the view that the answer to the third question referred for a preliminary ruling should be that EU law precludes a national court from applying a provision of national law which limits the temporal effects of a declaration of invalidity which that court is required to make pursuant to EU law as regards national legislation imposing on providers of electronic communications services an obligation to retain, generally and indiscriminately, traffic and location data that is incompatible with Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7, 8 and 11, and Article 52(1) of the Charter.
V. Conclusion
124. Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre comme suit aux questions préjudicielles posées par la Cour constitutionnelle (Belgique) :
1) L’article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 juillet 2002, concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques (directive vie privée et communications électroniques), telle que modifiée par la directive 2009/136/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 novembre 2009, lu à la lumière des articles 7, 8 et 11 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
doit être interprété en ce sens que :
il s’oppose à une législation nationale qui :
– prévoit une obligation pour les fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de trafic visées dans cette législation, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, afin qu’ils prennent les mesures appropriées, proportionnées, préventives et curatives de manière à éviter les fraudes et les utilisations malveillantes sur leurs réseaux et à empêcher que les utilisateurs finaux subissent un préjudice ou soient importunés, ainsi qu’à établir les fraudes ou les utilisations malveillantes du réseau ou du service ou à pouvoir en identifier l’auteur et l’origine ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de trafic concernées au-delà des délais précités, en cas de fraude ou d’utilisation malveillante du réseau spécifique identifiée, le temps nécessaire à son analyse et à sa résolution ou le temps nécessaire au traitement de cette utilisation malveillante ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, de conserver et de traiter d’autres données que celles visées dans cette directive, en vue de permettre d’établir la fraude ou l’utilisation malveillante du réseau ou du service, ou d’identifier son auteur et son origine ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques, sans prévoir l’obligation de solliciter un avis préalable ou de notifier à une autorité indépendante, de conserver et de traiter pour une durée de douze mois les données de trafic qu’ils estiment nécessaires pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement de leurs réseaux et services de communications électroniques, et en particulier pour détecter et analyser une atteinte potentielle ou réelle à cette sécurité, en ce compris pour identifier l’origine de cette atteinte, et, en cas d’atteinte spécifique à ladite sécurité, de conserver ces données pendant la durée nécessaire pour traiter ladite atteinte.
2) L’article 15, paragraphe 1, de ladite directive, lu à la lumière des articles 7, 8 et 11 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux,
doit être interprété en ce sens que :
il s’oppose à une législation nationale qui :
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de localisation, sans que cette législation décrive précisément quelles données sont visées, dans le cadre de la fourniture d’un réseau ou d’un service, pendant une période de quatre ou douze mois, selon le cas, lorsque cela est nécessaire pour le bon fonctionnement et la sécurité de ce réseau ou de ce service, ou pour détecter ou analyser les fraudes ou l’utilisation malveillante dudit réseau ;
– permet aux fournisseurs de services de communications électroniques de conserver et de traiter les données de localisation au-delà des délais précités , en cas d’atteinte, de fraude ou d’utilisation malveillante spécifique.
3) Le droit de l’Union doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à ce qu’une juridiction nationale fasse application d’une disposition de droit national limitant les effets dans le temps d’une déclaration d’invalidité lui incombant, en vertu de ce droit, à l’égard d’une législation nationale imposant aux fournisseurs de services de communications électroniques une obligation de conservation généralisée et indifférenciée des données relatives au trafic et des données de localisation incompatible avec l’article 15, paragraphe 1, de la même directive, lu à la lumière des articles 7, 8 et 11 ainsi que de l’article 52, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux.
1 Langue originale : le français.
2 Arrêt n o 57/2021 du 22 avril 2021 (ECLI:BE:GHCC:2021:AR.057).
3 Arrêt du 6 octobre 2020 (C‑511/18, C‑512/18 et C‑520/18, ci-après l’« arrêt La Quadrature du Net I », EU:C:2020:791).
4 Directive du Parlement européen et du Conseil du 12 juillet 2002 concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques (directive vie privée et communications électroniques) (JO 2002, L 201, p. 37), telle que modifiée par la directive 2009/136/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 novembre 2009 (JO 2009, L 337, p. 11) (ci-après la « directive 2002/58 »).
5 Arrêt du 30 avril 2024 (C‑470/21, ci-après l’« arrêt La Quadrature du Net II », EU:C:2024:370).
6 Directive du Parlement européen et du Conseil du 24 octobre 1995, relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données (JO 1995, L 281, p. 31).
7 JO 2002, L 108, p. 33.
8 Règlement du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données) (JO 2016, L 119, p. 1, ci-après le « RGPD »).
9 Directive du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection des infractions pénales, d’enquêtes et de poursuites en la matière ou d’exécution de sanctions pénales, et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la décision-cadre 2008/977/JAI du Conseil (JO 2016, L 119, p. 89).
10 Arrêts La Quadrature du Net I (point 107), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 35) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 52).
11 Arrêts du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 86), La Quadrature du Net I (point 108), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 38) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 55).
12 Arrêts du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 86), La Quadrature du Net I (point 108), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 38) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 55).
13 Arrêts du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 39) et du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 56).
14 Arrêts La Quadrature du Net I (point 112), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 41), du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 58), ainsi que La Quadrature du Net II (point 67),
15 Arrêts La Quadrature du Net I (points 110 et 111), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 40) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 57).
16 Arrêts La Quadrature du Net I (points 120 à 122), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, points 48 et 49) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, points 63 et 64).
17 Arrêts La Quadrature du Net I (points 127 à 129), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, points 50 et 51) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, points 65 et 66).
18 C‑470/21, EU:C:2023:711, points 42 et 43.
19 Arrêt La Quadrature du Net I (point 132).
20 Arrêts La Quadrature du Net I (point 131), du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 53) ainsi que du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 68).
21 Arrêt du 20 septembre 2022, SpaceNet et Telekom Deutschland (C‑793/19 et C‑794/19, EU:C:2022:702, point 71).
22 Arrêt La Quadrature du Net I (point 168).
23 Arrêt 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 112).
24 Arrêts du 8 avril 2014, Digital Rights Ireland e.a. (C‑293/12 et C‑594/12, EU:C:2014:238, point 59), du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 108) ainsi que La Quadrature du Net I (point 168).
25 Arrêt La Quadrature du Net I (point 168).
26 Arrêt La Quadrature du Net I (point 168).
27 Cour EDH, 28 mai 2024, Pietrzak et Bychawska-Siniarska et autres c. Pologne, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, point 259.
28 Cour EDH, 28 mai 2024, Pietrzak et Bychawska-Siniarska et autres c. Pologne, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, point 264.
29 Arrêt La Quadrature du Net II .
30 Et non seulement la criminalité grave, comme cela avait été jugé dans l’arrêt La Quadrature du Net I .
31 Arrêt La Quadrature du Net II (point 83).
32 Arrêt La Quadrature du Net II (point 84).
33 Arrêt La Quadrature du Net II (point 85).
34 La Cour énonce un certain nombre de conditions propres à assurer l’étanchéité effective de la séparation des différentes catégories de données conservées. Voir, à cet égard, arrêt La Quadrature du Net II (points 86 à 89). Voir, sur ce point, également point 71 des présentes conclusions.
35 Arrêts La Quadrature du Net I (point 154), et La Quadrature du Net II (point 117).
36 Arrêt La Quadrature du Net II (point 118).
37 Voir, en ce sens, arrêt La Quadrature du Net II (point 119).
38 Arrêt La Quadrature du Net II (point 86).
39 Arrêt La Quadrature du Net II (point 87).
40 Arrêt La Quadrature du Net II (point 88).
41 Arrêt La Quadrature du Net II (point 89).
42 Arrêts La Quadrature du Net I (point 115) et La Quadrature du Net II (point 69).
43 Arrêts La Quadrature du Net I (point 116) et La Quadrature du Net II (point 69).
44 Arrêt du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 79).
45 Voir, sur la nécessité de la conservation des données de trafic et de localisation dans la perspective de leur accès subséquent, Eurojust and Europol, Common Challenges in Cybercrime – 2024 Review by Eurojust and Europol , Office des publications de l’Union eruropéenne, Luxembourg, 2025, p. 7.
46 Arrêts du 8 avril 2014, Digital Rights Ireland e.a. (C‑293/12 et C‑594/12, EU:C:2014:238, point 59), du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 108) ainsi que La Quadrature du Net I (point 168).
47 Voir, sur ce point, Déclaration conjointe des chefs de police européenne de mars 2023 (adresse Internet : EDOC-#1384205-v1-Joint_Declaration_of_the_European_Police_Chiefs.PDF).
48 Une telle solution me semble en outre être en ligne avec la jurisprudence de la Cour EDH qui, en faisant de la proportionnalité d’une mesure de conservation des données le cœur de son analyse, permet précisément de tenir compte des éventuelles garanties mises en place visant à limiter l’ingérence que cette mesure suppose dans les droits des utilisateurs. Voir, notamment, sur la nécessité de mise en place de garanties appropriées, Cour EDH, 28 mai 2024, Pietrzak et Bychawska-Siniarska et autres c. Pologne, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, points 250 et 251.
49 Arrêt du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 98).
50 Arrêts du 6 octobre 2020, Privacy International (C‑623/17, EU:C:2020:790, point 65), et du 21 juin 2022, Ligue des droits humains (C‑817/19, EU:C:2022:491, point 114).
51 Arrêt du 21 décembre 2016, Tele2 Sverige et Watson e.a. (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970, point 86).
52 Voir, en particulier, points 99 et suiv. des présentes conclusions.
53 Points 214 à 220.
54 Arrêt La Quadrature du Net I (point 214). Voir également arrêt du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 118).
55 Arrêts du 22 juin 2010, Melki et Abdeli (C‑188/10 et C‑189/10, EU:C:2010:363, point 43), La Quadrature du Net I (point 215) ainsi que du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 118).
56 Arrêts La Quadrature du Net I (points 216 et 217) ainsi que du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 119).
57 Arrêt du 5 avril 2022, Commissioner of An Garda Síochána e.a. (C‑140/20, EU:C:2022:258, point 125).
58 Arrêt du 21 décembre 2016 (C‑203/15 et C‑698/15, EU:C:2016:970).
59 Arrêt du 5 avril 2022 (C‑140/20, EU:C:2022:258).
124. In the light of all the foregoing considerations, I propose that the Court should answer the questions for a preliminary ruling referred by the Cour constitutionnelle (Constitutional Court, Belgium) as follows:
(1) Article 15(1) of Directive 2002/58/EC of the European Parliament and of the Council of 12 July 2002 concerning the processing of personal data and the protection of privacy in the electronic communications sector (Directive on privacy and electronic communications), as amended by Directive 2009/136/EC of the European Parliament and of the Council of 25 November 2009, read in the light of Articles 7, 8 and 11, and Article 52(1) of the Charter of Fundamental Rights of the European Union,
must be interpreted as precluding national legislation which:
– lays down an obligation for providers of electronic communications services to retain and process the traffic data referred to in that legislation for a period of 4 or 1 2 months, as the case may be, in order to enable those providers to take appropriate, proportionate, preventive and remedial measures to prevent fraud and malicious use of their networks and to prevent end users suffering harm or inconvenience, as well as to establish fraud or malicious use of the network or service or enable the perpetrators or origin thereof to be identified;
– allows providers of electronic communications services to retain and process the traffic data concerned beyond the abovementioned time limits, where a specific instance of fraud or malicious use of the network has been identified, for the time required for its analysis and resolution or the time necessary to process that malicious use;
– allows providers of electronic communications services, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, to retain and process data other than those referred to in that directive, with a view to making it possible to establish fraud or malicious use of the network or service, or to identify its perpetrator and origin;
– allows providers of electronic communications services, without laying down an obligation to request a prior opinion or to notify an independent authority, to retain and process for a period of 12 months the traffic data which they consider necessary to ensure the security and proper functioning of their electronic communications networks and services, and in particular for the detection and analysis of a potential or actual breach of that security, including identifying the origin of that breach and, in the event of a specific breach of that security, to retain those data for the period necessary to process that breach.
(2) Article 15(1) of Directive 2002/58, read in the light of Articles 7, 8 and 11, and Article 52(1) of the Charter of Fundamental Rights of the European Union,
must be interpreted as precluding national legislation which:
– allows providers of electronic communication s services to retain and process location data, without the legislation describing precisely which data are covered, in the context of the provision of a network or service, for a period of 4 or 12 months, as the case may be, where necessary for the proper functioning and security of the network or service, or to detect or analyse fraud or malicious use of the network;
– allows providers of electronic communications services to retain and process location data beyond the abovementioned time limits, in the event of a specific breach or instance of fraud or malicious use.
(3) EU law must be interpreted as precluding a national court from applying a provision of national law which limits the temporal effects of a declaration of invalidity which that court is required to make pursuant to EU law as regards national legislation imposing on providers of electronic communications services an obligation to retain, generally and indiscriminately, traffic and location data that is incompatible with Article 15(1) of that directive, read in the light of Articles 7, 8 and 11, and Article 52(1) of the Charter of Fundamental Rights of the European Union.
1 Original language: French.
2 Judgment No 57/2021 of 22 April 2021 (ECLI:BE:GHCC:2021:AR.057).
3 Judgment of 6 October 2020 (C‑511/18, C‑512/18 and C‑520/18, ‘the judgment in La Quadrature du Net I ’, EU:C:2020:791).
4 Directive of the European Parliament and of the Council of 12 July 2002 concerning the processing of personal data and the protection of privacy in the electronic communications sector (Directive on privacy and electronic communications) (OJ 2002 L 201, p. 37), as amended by Directive 2009/136/EC of the European Parliament and of the Council of 25 November 2009 (OJ 2009 L 337, p. 11) (‘Directive 2002/58’).
5 Judgment of 30 April 2024 (C‑470/21, ‘the judgment in La Quadrature du Net II ’, EU:C:2024:370).
6 Directive of the European Parliament and of the Council of 24 October 1995 on the protection of individuals with regard to the processing of personal data and on the free movement of such data (OJ 1995 L 281, p. 31).
7 [OJ 2002 L 108], p. 33.
8 Regulation of the European Parliament and of the Council of 27 April 2016 on the protection of natural persons with regard to the processing of personal data and on the free movement of such data, and repealing Directive 95/46/EC (General Data Protection Regulation) (OJ 2016 L 119, p. 1, ‘the GDPR’).
9 Directive of the European Parliament and of the Council of 27 April 2016 on the protection of natural persons with regard to the processing of personal data by competent authorities for the purposes of the prevention, investigation, detection or prosecution of criminal offences or the execution of criminal penalties, and on the free movement of such data, and repealing Council Framework Decision 2008/977/JHA (OJ 2016 L 119, p. 89).
10 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 107); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 35); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 52).
11 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 86); the judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 108); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 38); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 55).
12 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 86); the judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 108); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 38); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 55).
13 Judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 39) and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 56).
14 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 112); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 41); of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 58); and the judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 67).
15 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraphs 110 and 111); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 40); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 57).
16 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraphs 120 to 122); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraphs 48 and 49); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraphs 63 and 64).
17 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraphs 127 to 129); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraphs 50 and 51); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraphs 65 and 66).
18 C‑470/21, EU:C:2023:711, points 42 and 43.
19 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 132).
20 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 131); and judgments of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 53); and of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 68).
21 Judgment of 20 September 2022, SpaceNet and Telekom Deutschland (C‑793/19 and C‑794/19, EU:C:2022:702, paragraph 71).
22 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 168).
23 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 112).
24 Judgments of 8 April 2014, Digital Rights Ireland and Others (C‑293/12 and C‑594/12, EU:C:2014:238, paragraph 59); of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 108); and the judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 168).
25 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 168).
26 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 168).
27 ECtHR, 28 May 2024, Pietrzak and Bychawska-Siniardska and Others v. Poland, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, paragraph 259.
28 ECtHR, 28 May 2024, Pietrzak and Bychawska-Siniardska and Others v. Poland, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, paragraph 264.
29 The judgment in La Quadrature du Net II .
30 And not only serious crime, as held in the judgment in La Quadrature du Net I .
31 The judgment in La Quadrature du Net II (paragra ph 83).
32 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 84).
33 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 85).
34 The Court sets out a number of conditions appropriate for ensuring the genuinely watertight separation of the different categories of data retained. See, in that regard, the judgment in La Quadrature du Net II (paragraphs 86 to 89). In that respect, see also point 71 of the present Opinion.
35 The judgments in La Quadrature du Net I (paragraph 154) and in La Quadrature du Net II (paragraph 117).
36 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 118).
37 See, to that effect, the judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 119).
38 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 86).
39 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 87).
40 The judgment in La Quadrature du Net II ( paragraph 88).
41 The judgment in La Quadrature du Net II (paragraph 89).
42 The judgments in La Quadrature du Net I (paragraph 115) and in La Quadrature du Net II (paragraph 69).
43 The judgments in La Quadrature du Net I (paragraph 116) and in La Quadrature du Net II (paragraph 69).
44 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 79).
45 On the need to retain traffic and location data from the perspective of subsequent access to them, see Eurojust and Europol, Common Challenges in Cybercrime – 2024 Review by Eurojust and Europol , Publication Office of the European Union, Luxembourg, 2025, p. 7.
46 Judgments of 8 April 2014, Digital Rights Ireland and Others (C‑293/12 and C‑594/12, EU:C:2014:238, paragraph 59); of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 108); and the judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 168).
47 See, on that point, Joint Declaration of the European Police Chiefs of March 2023 (website: EDOC-#1384205-v1-Joint_Declaration_of_the_European_Police_Chiefs.PDF).
48 In addition, such a solution appears to me to be in line with the case-law of the ECtHR which, by placing the proportionality of a data retention measure at the heart of its analysis, specifically allows account to be taken of any safeguards put in place to limit the interference with users’ rights that such a measure entails. See, in particular, on the need to put in place appropriate safeguards, ECtHR, 28 May 2024, Pietrzak and Bychawska-Siniarska and Others v. Poland, CE:ECHR:2024:0528JUD007203817, paragraphs 250 and 251.
49 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 98).
50 Judgments of 6 October 2020, Privacy International (C‑623/17, EU:C:2020:790, paragraph 65), and of 21 June 2022, Ligue des droits humains (C‑817/19, EU:C:2022:491, paragraph 114).
51 Judgment of 21 December 2016, Tele2 Sverige and Watson and Others (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970, paragraph 86).
52 See, in particular, point 99 et seq. of the present Opinion.
53 Paragraphs 214 to 220.
54 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 214). See also judgment of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 118).
55 Judgment of 22 June 2010, Melki and Abdeli (C‑188/10 and C‑189/10, EU:C:2010:363, paragraph 43); the judgment in La Quadrature du Net I (paragraph 215); and judgment of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 118).
56 The judgment in La Quadrature du Net I (paragraphs 216 and 217) and judgment of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 119).
57 Judgment of 5 April 2022, Commissioner of An Garda Síochána and Others (C‑140/20, EU:C:2022:258, paragraph 125).
58 Judgment of 21 December 2016 (C‑203/15 and C‑698/15, EU:C:2016:970).
59 Judgment of 5 April 2022 (C‑140/20, EU:C:2022:258).
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